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Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Mary Ann Shaffer & Annie Barrows – 2008 – Ed. 10/18, 411 p.

La sortie de ce roman épistolaire a fait un carton. Aujourd’hui adapté en mini-série, Le cercle littéraire est un des romans qui a beaucoup fait parler de lui. Le plaisir de retrouver la simplicité d’une lettre, le hasard d’une rencontre inattendue, et surtout une richesse historique sur des aspects de la guerre peu abordés… Voyageons à Guernesey, en 1946.

Résumé

Juliet est écrivaine. Journaliste renommée d’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale elle a su faire rire ses lecteurs dans leurs moments de désespoir. La guerre terminée, en perte d’inspiration, elle recevra un courrier d’un habitant de Guernesey qui se retrouve par hasard à posséder un des romans qu’elle a vendu pendant la guerre. À travers des échanges de lettres avec cet homme, prénommé Dawsey, elle apprendra l’histoire de Guernesey sous l’occupation et décidera d’écrire un livre à ce sujet. Elle se retrouvera à échanger avec Isola, Amelia, Eben et de nombreux habitants de l’île membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Ce club, né sous l’occupation pour se protéger des punitions infligées par les armées allemandes, viendra bouleverser la vie de Juliet.

Mon avis sur l’œuvre

Oui, bon… Ce livre était bien, il était intéressant, mais sûrement m’attendais-je à mieux. Si nombreux étaient les avis positifs sur le Cercle littéraire, que je m’attendais à ce que ce livre me bouleverse. Ça n’a pas été le cas. Néanmoins, c’était une lecture agréable qui m’a permis d’apprendre certains angles de la guerre dont je n’avais pas entendu parler, notamment l’occupation de l’île par les armées allemandes.

Les membres du Cercle de littérature sont tous liés par une personne, Elizabeth. Cette dernière est celle qui, lorsqu’elle et les membres se font arrêter par la police allemande, invente la création d’un cercle de littérature pour justifier leur présence en extérieur après le couvre-feu imposé. Cette femme a beaucoup de courage et est centrale dans l’aventure de Juliet. Amante d’un officier allemand, elle se retrouvera enceinte d’une petite Kit. Elle sera enfermée dans un camp de concentration, laissant l’enfant être élevée à tour de rôle par les membres du Cercle de littérature.


Juliet est un personnage intéressant, mais quelque peu agaçant parfois. Elle s’intéresse rapidement aux habitants de l’île et se préoccupe de leurs existences. Néanmoins, je la trouve particulièrement envahissante. Envahissante au point de s’accaparer le malheur des autres [attention spoiler : (elle se considère en deuil en apprenant le décès d’Élisabeth dans le camp de concentration, alors qu’elle ne l’a connue qu’à travers le peu d’histoires que ses amis lui ont racontées). De plus, elle finira par demander la garde de Kit. Demande qui sera accueillie comme la meilleure idée qui puisse exister au monde, comme si les « vrais » amis d’Élisabeth n’étaient pas mieux placés pour tenir ce rôle.


Fin du spoiler : Je développe des aspects assez négatifs, mais le livre obtient tout de même un bon score à mes yeux. L’écriture est très fluide, nous sommes rapidement pris dans l’histoire, dans ses tourments. Je comprends l’intérêt qui a été porté à cette histoire. Qui avait connaissance du fait que la belle île de Guernesey avait subi l’occupation ? Qui savait que l’Angleterre, si désireuse de laisser à l’île sa liberté, n’avait pas envoyé des moyens militaires à l’île afin qu’elle puisse se défendre ? Et que, de ce fait, l’occupation de l’île s’est faite aisément, sans combat ? Moi, je n’en avais pas idée. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette petite île aurait eu un intérêt quelconque pour agrandir les territoires occupés par Hitler.


Le style épistolaire est, à mes yeux, très complexe. Afin de conserver une part de réalité, l’écrivain doit prendre garde à ne pas trop « détailler » un courrier qui ne contiendrait, en réalité, que les points essentiels d’une histoire. D’un autre côté, le manque de détails peut entraîner une certaine lassitude, le lecteur peut perdre la chemin de l’histoire et ne pas s’attacher aux personnages. Le cercle littéraire a très bien répondu à ce défi. Détaillé, sans paraître incohérent, les lettres sont brèves mais nous permettent de bien nous fondre dans l’histoire, de comprendre les personnages.

Conclusion

Bien, mais pas dingue. J’ai aimé le style, j’ai aimé la douceur de l’histoire, j’ai aimé en apprendre sur la Seconde Guerre mondiale. Mais j’attendais bien plus, bien trop, de ce livre qui a tant fait parler de lui.

Harry Potter and the Philosopher’s Stone, J. K. Rowling – 1997 – Ed. Bloomsbury

Est-il encore nécessaire de présenter Harry Potter ? Oui et non. A la suite de mon voyage à Londres, j’ai eu la surprise de découvrir l’édition anniversaire des vingt ans de la sortie du premier tome de la saga Harry Potter. Il ne m’en fallait pas plus pour me replonger dans l’univers qui a bercé mon enfance. J. K. Rowling a rédigé ses sept tomes en dix-sept années. Ce phénomène a été sans nom, tant pour les enfants que pour les adultes. Leur réussite a permis de rapidement les adapter au cinéma. A compter de 1997, nous avions l’univers Harry Potter dans lequel nous plonger. Et ce fut toujours délicieux.

Résumé

Harry Potter est un sorcier, mais il ne le sait pas encore. Ses parents ont été assassinés par le plus grand sorcier de magie noire des temps, Voldem… Enfin, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Harry survit grâce à sa mère qui se sacrifiera pour le sauver. Envoyé par Dumbledore chez son oncle et sa tante moldus (non sorciers), il vivra un enfer. Un enfant rejeté, non aimé, toujours mis de côté. Jusqu’au jour où le géant Hagrid vient le chercher : Harry est un sorcier et une place l’attend dans la plus grande école de sorcellerie du monde, Poudlard.

Mon avis sur l’œuvre

J’étais très sceptique à l’ouverture de ce livre. Harry Potter est très sacré pour moi. Les films ont bercé mon enfance, j’ai grandi avec Ron, Hermione, Harry. Les années étaient rythmées par les sorties des différents tomes au cinéma. J’ai lu les premiers tomes en français il y a plusieurs années et je n’avais pas été emballée. Mais la lecture en VO de ce roman m’a permis de me plonger différemment dans l’univers de J. K. Rowling et ce fut merveilleux. Merveilleux car plusieurs années après que les livres et films aient été terminés, j’ai vécu à nouveau l’émotion de mon enfance. Et ça, c’est très précieux.

Les tomes de la saga ont fait un carton chez les enfants, mais aussi chez les adultes. Je me demandais souvent pourquoi les adultes avaient apprécié de se plonger dans cet univers. Et puis cette redécouverte d’un univers que je connais si bien m’a marquée différemment dans ma vie d’adulte actuelle. Les problématiques, les sujets abordés sont traités avec beaucoup de psychologie. Les différentes morales et valeurs abordées sont profondes.

Prenons d’abord Hermione. Jeune fille « Madame je sais tout », très agaçante, n’a pas vraiment d’amis. Elle se plonge dans les livres et dispose d’une précieuse quantité de connaissances. Mais socialement, elle semble désemparée, ne sait pas agir avec les autres et devient rapidement exclue. Harry et Ron, après l’avoir rejetée, la trouvant complètement inintéressante et agaçante, trouveront en elle un sens profond de loyauté et sa vivacité d’esprit se trouvera être essentielle dans la résolution des différentes problématiques auxquelles Harry sera confronté.

Si nous prenons évidemment Harry, nous y voyons un orphelin qui souffre, qui n’a jamais été aimé et qui a toujours été mis en retrait. Mais il va rapidement découvrir qu’il est célèbre, qu’il a un secret caché : ses pouvoirs magiques. Dans sa vie de moldu, il est détesté et rejeté. Mais dans le monde dans lequel il appartient réellement, il est acclamé et profondément apprécié. Comme quoi, son milieu initial ne conditionnera pas sa vie d’adulte.

Ron est un enfant timide. Roux, enfant d’une grande fratrie, il deviendra rapidement l’ami d’Harry. Malgré son caractère renfermé, peureux, il fera preuve d’un très grand courage pour accompagner Harry dans ses aventures. Sa loyauté est sans faille, et il n’éprouve pas de jalousie vis-à-vis de son ami, centre de l’attention générale.

Enfin, Hagrid est aussi un personnage très intéressant. Un géant, effrayant, mais qui dispose d’un cœur de crème. Passionné des animaux, il fera preuve d’une incroyable douceur et émotivité viq-à-vis d’Harry. Les apparences peuvent donc être trompeuses, et les premiers ressentis ne reflètent pas toujours la réalité. Il faut savoir percer à travers la carapace pour découvrir les richesses dont chacun est doté.

Harry sera poursuivi par Voldemort durant ce tome : c’est la renaissance du grand sorcier. J’ai été particulièrement émue par la loyauté des enfants les uns envers les autres. Tels des petits adultes (et même plus intensément que certains adultes), ils n’ont cessé de se préoccuper chacun les uns des autres. Leurs attentions étaient touchantes. Cette histoire représente un parfait exemple pour les enfants d’aujourd’hui et de demain. La loyauté, le courage, le respect, l’amour, la bienveillance sont des valeurs particulièrement présentes.

Conclusion

J’ai été replongée dans un univers qui, je ne le pensais du moins pas, m’a apporté une farandole de sentiments et qui m’a permis de revivre les émotions de mon enfance. J’attends avec impatience de pouvoir lire les prochains tomes, en VO bien évidemment ! Je ne sais pas si les enfants des générations futures vivront à travers les livres comme nous l’avons fait. S’ils comprendront nos sentiments, nos émotions face à ces aventures. Mais je l’espère. La douceur des écrits de J. K. Rowling est précieuse et j’espère que chaque enfant pourra vivre dans un monde aussi magique et fabuleux qu’a été Harry Potter pour nous, et qu’il représentera pour eux ce que ça a représenté pour nous.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson – 2019 – Ed. Points, 285 p.

Voici la troisième entrée de notre Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points 2020. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que je vous présente Manuel de survie à l’usage des jeunes filles qui est un de mes coups de cœur de l’année ! Ceci est le premier roman de Mick Kitson et c’est une réussite. C’est une histoire bouleversante qui nous est présentée ici.

Résumé

Sal et Peppa, âgées de treize et dix ans, sont des jeunes filles qui n’ont pas été épargnées par la vie. Leur mère alcoolique ramène un jour Robert, son nouveau compagnon. Celui-ci commence rapidement à abuser sexuellement de Sal la nuit, dans sa chambre. Le jour où il la menace de procéder aux mêmes atrocités sur sa petite sœur, Sal décide de l’assassiner. Un soir, après l’avoir égorgé, elle s’enfuit avec sa sœur et décide de se cacher en forêt.

Mon avis sur l’œuvre

Sal et Peppa sont deux jeunes filles extrêmement courageuses. Sal est la grande sœur, protectrice, celle qui sait. Celle qui sait ce que lui faisait subir son beau-père, celle qui sait comment survivre en forêt, celle qui a volé les cartes bleues, celle qui a acheté tout le matériel de survie qui leur sera nécessaire pour leur nouvelle vie. Celle qui sait tout. Peppa est la petite sœur innocente. Assez casse-cou, elle suit sa sœur en qui elle dispose d’une totale confiance. Elle s’émerveille dans la forêt et vit cette aventure avec bonheur.

Sal a subi les abus de son beau-père pendant plusieurs années et a décidé de le tuer. Elle n’est prise d’aucun remord, évidemment, mais a peur d’aller en prison. Pour se protéger, elle recherche donc le meilleur moyen d’échapper aux radars et choisit de partir en forêt. Là, il sera difficile de les retrouver. Sal a pensé à tout et c’est avec un nombre incroyable d’anecdotes que nous, lecteurs, nous apprenons aussi comment survivre en forêt ! Quelle aventure que nous lisons là. Comment faire un piège à lapin, comment vider l’animal, comment faire un feu sous une pluie battante… L’écrivain est passionnant ! Sal s’est renseigné et est un puit sans fond de connaissance.

L’aventure que nous lisons ici est dépaysante. Non pas car nous voyageons à travers le monde (les jeunes filles se sont échappées dans une forêt proche de leur lieu d’habitation) mais parce que nous sommes emportés dans un monde de survie qui n’est plus le notre depuis bien des années. Nous apprenons des astuces pour vivre en forêt et ça donne presque envie de s’y enfuir. Être dans un calme complet avec pour seul bruit le crépitement du feu. La solitude.

Sal et Peppa rencontrerons Ingrid, une femme qui vit dans cette même forêt depuis quatre ans. Médecin, elle s’est réfugiée en forêt après avoir subi les atrocités de la guerre et les dures punitions de la vie. Elle prendra Sal et Peppa sous ses ailes et leur inculquera des valeurs inestimables de survie.

Cette histoire m’a beaucoup émue. Peu de personnes disposent du package permettant de survivre en forêt. Pourtant, cette lecture m’a donné l’impression que je pourrais y survivre (bien sûr que non, dans le fond). Ces jeunes filles s’en sortent si bien ! Comment est-ce possible ? Leur naïveté sûrement. Leurs esprits rêveurs, sûrement moins sensibilisés aux dangers de la « vie », leurs permettent de vivre cette aventure sans trop d’inquiétude. Et c’est réellement magique.

Conclusion

L’histoire de Sal et Peppa m’a beaucoup touchée. Leurs malheurs qui les ont poussées à fuir, mais également leur force et courage à vivre dans un milieu complètement opposé à la vie urbaine actuelle. Ce fut un très beau récit, un coup de cœur pour 2019.

J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda – 1987 – Ed. Folio, 544 p.

Après une petite absence sur les réseaux sociaux, me voici de retour avec une petite pépite. J’avoue que j’ai vécu de Pablo Neruda est un recueil d’anecdotes que l’écrivain a écrit sur sa vie. Ses mémoires. Avec sa plume particulièrement poétique, la sensibilité de l’écrivain est ressentie à chaque instant. Il représente une grande figure de la poésie chilienne. Né en 1904, il s’éteindra en 1973, deux années après voir reçu son prix Nobel de littérature en 1971.

Résumé

Comment puis-je résumer l’ouvrage alors que celui-ci représente les mémoires de Neruda ? C’est assez compliqué. Le poète chilien nous porte de son enfance jusqu’aux dernières années de sa vie. De son enfance complexe dans un pays magnifique, soumis aux aléas climatiques naturels qui détruisaient parfois tout sur leur passage, à la remise (tant attendue !) de son prix Nobel en 1971. Diplomate, politicien, il sera exilé par son pays en 1946.

Mon avis sur l’œuvre

Pablo Neruda est un poète, un homme d’une sensibilité qui semble indéfinie. Il s’émeut aisément lorsqu’il nous décrit les nombreuses espèces d’arbres de son pays. Également, cet homme ne cesse de faire preuve d’un grand courage. A l’aide de ses amis qui reviendront à de nombreuses reprises dans ses mémoires, il en vivra, des aventures !

Il se lance tôt dans la poésie (son premier poème à ses douze ans, si ma mémoire est bonne). Non pris au sérieux par son père, il conservera cette passion d’exprimer ses émotions à travers ses textes et publiera son premier ouvrage « Crépusculaire » en 1923. Sa poésie en a ensorcelé, des personnes. Dans ses mémoires, à plusieurs reprises, il fait face à une foule qui se met dans un silence complet pour l’écouter lire une ou plusieurs de ses œuvres. Parfois même elles lui sauveront la vie ! En effet, alors qu’il se retrouve dans une situation délicate face à un homme qui veut lui faire sa peau, la révélation de son identité le sauvera. Cet homme était en réalité fan de l’écrivain et a terminé par se confondre en excuses, en exprimant avoir honte de se présenter ainsi à un homme qu’il vénère tant.

Mais Neruda n’était pas un simple poète. Sa carrière de diplomate lui a permis de beaucoup voyager. De Rangoun en Birmanie, à Colombo au Sri Lanka, puis Buenos Aires, Madrid, en passant par la France où il fut ambassadeur du Chili. Il s’est imprégné de tant cultures ! Ses déplacements sont nombreux, les pays dans lesquels nous voyageons avec lui semblent fascinants à travers ses yeux.

Il retournera dans son pays et se lancera dans une carrière politique en 1945. Il deviendra membre du parti communiste chilien et dirigera les élections de Videla qu’il considérait à l’époque comme un allié. Le retournement de manche fut sans pitié. Videla est élu et mène une politique anti-communiste. Neruda tentera de défendre les valeurs auxquelles il tenait, raisons pour lesquelles il avait décidé de mener les élections de Videla. La sanction est inévitable et Videla ordonne l’arrestation de Neruda. Ce dernier sera dans l’obligation de fuir son pays, pour lequel il porte tant d’amour. Avec l’aide de nombreux de ses alliés, il réussira à se frayer un chemin vers la liberté et intègrera un voyage maritime qui le transportera jusqu’en Europe sous une fausse identité. C’est en France qu’il trouvera refuge et récupèrera des papiers officiels à son nom.

Il retournera au Chili en 1952 et mènera une vie plus ou moins paisible. Il gagnera le prix Noble de littérature en 1971 après l’avoir tant attendu. Il décède le 23 septembre 1973 d’un cancer de la prostate. Cette théorie est controversée depuis 2010. En effet, il décède quelques jours après l’assassinat du président Allende lors du coup d’Etat du 11 septembre. Neruda ne cachait pas son intérêt pour cet homme. La théorie de son empoisonnement est reconnue en 2017 à la suite d’une étude internationale qui considère qu’il serait possible qu’un poison ait été injecté intentionnellement au poète.

Conclusion

Neruda semblait être un homme qui possédait un certain sens de l’humour. Il faisait preuve d’une grande sensibilité et la lecture de ses mémoires m’a donné l’impression qu’il pouvait ressentir et comprendre des beautés qui ne sont pas toujours à notre portée. Il m’a fait voyager à travers un monde diplomatique, poétique, politique, et m’a beaucoup impressionnée. Je conserve un très bon souvenir de cette lecture qui m’a fait rire, peur, émue, parfois pleuré et surtout, qui m’a transportée.

Et maintenant il ne faut plus pleurer, Linn Ulmann – 2014 – Ed. Babel, 399 p.

Ma nouvelle découverte est un roman norvégien (peut-être le premier que je lis d’ailleurs). Linn Ulmann est une critique littéraire qui réside à Oslo. Son premier roman, Avant que tu ne t’endormes, sorti en 1999, a fait un carton en Norvège. Et maintenant il ne faut plus pleurer est son cinquième roman. Il retrace le destin tragique d’une famille brisée dans laquelle les drames s’accumulent. C’est un roman très intéressant, sans filtre et assez sombre, qui nous plonge dans une famille loin d’être parfaite.

Résumé

Jenny fête ses 70 ans. A cette occasion sa fille Siri lui organise une réception d’anniversaire. De cette réception, personne n’en veut. Siri recherche l’amour et l’attention de sa mère. Il faut dire que leur relation n’a cessé de se dégrader. En effet, lorsqu’elle n’était qu’une enfant, elle se baladait seule en forêt avec son petit frère, près d’un étang. A la suite d’un accident, Syver a glissé et s’est noyé. La famille a tenté de se reconstruire après ce drame qui a bouleversé l’affection de Jenny vis-à-vis de sa fille.

Siri et son mari Jon décident d’engager Mille, une jeune adolescente, afin d’aider pour s’occuper de leurs enfants et préparer la fête d’anniversaire. Cette fête, si peu désirée, sera l’évènement d’un nouveau drame lorsque Mille franchira le grillage de la grande maison pour ne plus jamais revenir.

Mon avis sur l’œuvre

La littérature de Linn Ulmann est sombre. Elle ne semble pas rêver, ne souhaite pas mentir sur la situation de ses personnages. Les sentiments sont retracés avec beaucoup de réalité. À la suite du drame qu’elle a vécu pendant son enfance, Siri est touchée dans ses sentiments, dans sa perception de la vie. Cette femme, parfois froide, semble décharger sa colère contre les autres et notamment Mille. Elle cherche également à récupérer désespérément l’amour de sa mère, une mère qui a cessé de respirer et de vivre le jour où elle a perdu sa progéniture. Des sentiments complexes qui ont conduit la relation qu’elle développait avec sa fille au désastre.

Et puis il y a Jon. Un écrivain qui dédit sa vie à la rédaction de son troisième roman. Un roman qu’il n’arrive pas à rédiger, l’angoisse de la page blanche. Cet homme pour qui sa femme se dévoue. Siri travaille dur dans son restaurant afin de permettre à son foyer de vivre, avec les simples revenus qu’elle rapporte et les avances financières de la maison d’édition de son mari. Et puis, on apprend que Jon a commis un adultère. Un, deux ou trois ? C’est difficile à déterminer. Un, c’est la version officielle. Mais il flirte, ce Jon, avec la petite Mille, la baby-sitter. Il recherche la tendresse qu’il ne semble plus trouver auprès de sa femme.

L’adultère subi par Siri est particulièrement bien développé dans le roman. Sans aller dans des excès de violence, en poursuivant une volonté de surmonter les épreuves qui les touchent, Siri et Jon s’expliquent. La douleur n’en est pas moins présente, le désarroi de Siri fait très mal au cœur. Sa réaction est extrêmement réaliste, n’atteint pas le superflu. Cette volonté de prolonger une relation après avoir atteint la trahison ultime du couple m’a beaucoup touchée.

Attention spoiler : Le livre traite de sujets délicats, très sombres. Nous avons dans un premier temps la mort de Syver qui est abordée mais qui ne représente pas réellement le sujet principal de l’histoire, plutôt son commencement. Ensuite, nous observons le développement d’une relation froide et peu attentionnée entre Siri et Jenny. Également, l’adultère de Jon. Et pour finir, pour solder ce roman, à nouveau la mort. La mort sous trois aspects différents, mais très touchants. D’abord la mort de Mille, suivie par le désarroi de ses parents qui ne cessent de contacter Jon et de le harceler, insistant sur le fait qu’il avait connaissance de plus d’informations qu’il ne prétendait avoir sur la disparition de la jeune fille. Mais également la mort du chien et grand compagnon de Jon. Un animal qui prend une place importante dans l’histoire et dont le décès émeut. Un amour inconditionnel d’une bête pour son maître, les attentions d’un maître pour son animal malade. Pour terminer, nous avons la mort de Jenny. Cette mort est capitale dans l’œuvre, et entraîne des sentiments puissants de regrets chez Siri.

Conclusion

Ce roman norvégien a été intense. Traitant de sujets délicats, sans voile. Je ne savais pas dans quel type d’ouvrage je m’engageais, mais j’ai été très touchée par ce livre qui gardait le cap sur la retranscription des sentiments humains. Un roman qui s’ouvre et se ferme sur la thématique de la mort. Une très belle histoire !

Les enfants de cœur, Heather O’Neill – 2019 – Ed. Points, 480 p.

La sélection du Prix du Meilleur Roman 2020 des lecteurs Points continue ! Le deuxième titre de ce concours est Les enfants de cœur d’Heather O’Neill. Cet article a été complexe et douloureux à écrire. Je souhaite exprimer mes avis avec une totale transparence. J’ai donc dû le rédiger, le relire, le modifier et le remodifier avant de le publier. Voici donc mon avis…

Ce roman, qui est le troisième ouvrage de l’écrivaine, traite de sujets forts (notamment de la Grande Dépression au début du XXème siècle) dans une ambiance très moderne, avec une pointe de féérie. C’est avec regret que j’annonce que ce roman ne m’a absolument pas convaincue.

Résumé

Rose et Pierrot sont deux enfants non désirés, abandonnés par leurs jeunes parents, qui ont grandis dans un orphelinat à Montréal au début du XXème siècle. Ils développent un amour d’enfance, naïf qui, selon eux, est plus fort que tout. Mais les épreuves de la vie permettront-elles à ces enfants de conserver l’amour qu’ils ont développé ? Face aux manipulations d’Elodie, la nouvelle religieuse de l’orphelinat, leurs chemins se sépareront. Réussiront-ils à se retrouver ?

Mon avis sur l’œuvre

Que ça a été difficile de terminer cette histoire ! Pourtant emballée dans un premier temps avec le résumé, ma déception n’a cessé de s’agrandir jusqu’à la dernière page. J’avais peu apprécié Roissy, le premier ouvrage de la sélection des éditions Points, mais là… Je suis particulièrement étonnée. Ce livre, j’aurais pu le choisir par moi-même dans une librairie. La couverture est me plait, le résumé m’a intriguée. La Grande Dépression, je m’y connais peu. Sur un fond historique, j’aurais apprécié en apprendre plus sur les crises qu’a subi le Canada. Que nenni.

Le début de l’ouvrage m’a particulièrement dérangé et a créé en moi une méfiance qui s’est inscrite pendant toute la lecture du livre. Le sujet débute sur un fond que j’ai trouvé très féérique, comme un conte raconté à un enfant. Bon soit, pourquoi pas ! Et puis, une fois les présentations des différents protagonistes faites, la situation du livre s’est particulièrement assombrie. L’arrivée d’Elodie n’y est pas pour rien. Pour mettre dans l’ambiance, Elodie est une religieuse qui s’amourache de Pierrot. Sûrement pas une nouveauté, le jeune garçon, à peine âgé de dix ans, va subir des attouchements par celle-ci. Inutile de préciser à quel point ce thème est terriblement délicat… Il est important d’exprimer les horreurs de la nature, des comportements de l’homme, de mettre au courant les lecteurs sur des sujets sensibles. Néanmoins, je pense que la violence sur un enfant aurait dû être abordée avec plus de méfiance. L’écrivaine en dispose peu, de méfiance. C’est avec des mots crus qu’elle décrit les attouchements du petit garçon. Bon ok, soit, sûrement est-ce une volonté de décrire au mieux ces moments douloureux. Et puis soudain… L’enfant, dont le corps et l’esprit se développent, est partagé entre un sentiment de culpabilité et un sentiment de plaisir. Face à ces changements, son comportement et ses pensées évoluent. D’un coup, l’enfant se mettrait à penser en des termes tels que « baiser ». Aujourd’hui, avec l’importance des films pornographiques sur le web, leur accès trop peu limité aux enfants, je voudrais bien croire qu’un enfant de dix ans emploie le terme de « baiser une jeune fille ». Mais me fera-t-on croire qu’un enfant qui ne connait rien du sexe et de son corps, puisse ainsi penser en des termes aussi crus ? Ceci m’a beaucoup dérangé, j’ai eu du mal à me mettre dans l’esprit de cet enfant qui pense à la fois comme un enfant et comme un adulte. Peut-être suis-je en train de me voiler la face, à penser que c’était bien trop extrême. Dans tous les cas, j’ai débuté cette histoire avec beaucoup de préjugés.

L’histoire ne s’est pas réellement adoucie. Pendant au moins la moitié du livre, l’écrivaine nous farce de scènes sexuelles et crues qui n’ont absolument aucun sens (à mes yeux du moins). Alors oui, aujourd’hui les livres qui disposent de telles scènes se vendent comme des petits pains. Mais bon Dieu… Sérieusement ? Est-ce cela la littérature d’aujourd’hui ? Les scènes de sexe, dans un livre, doivent avoir une importance, un sens. Insérer une telle scène juste pour attirer l’attention du lecteur, c’est barbant. Je ne mentirais pas en disant qu’il y avait au moins une scène de sexe toutes les cinq pages. L’ennui… Je ne m’intéresse vraiment pas à ces types d’écrits. Ces scènes, à l’exception peut-être de démontrer la folie perverse des individus pendant la Grande Dépression, n’avaient aucun but… Peut-être ai-je mal saisi l’objectif de l’écrivaine ? Probablement suis-je complètement à côté de la plaque.

La seconde partie de l’ouvrage était plus intéressante. Néanmoins la méfiance qui s’était installée dans mon esprit était quasiment impossible à déloger. L’histoire aurait pu nous porter dans la Grande Dépression. Nous aurions pu apprendre l’histoire du Canada. Et au contraire, j’ai l’impression d’en connaître toujours aussi peu.

Conclusion

Je ne suis pas convaincue par l’écriture d’Heather O’Neill. Cette écrivaine, qui est bien ancrée dans son temps, n’a pas su attirer mon attention et m’a ennuyée. Néanmoins, malgré cet article qui fut complexe à écrire, j’ai connaissance de l’avis de mes co-jurés qui ont beaucoup apprécié le côté moderne de son écriture. Je pense que je ne suis, tout simplement, pas intéressée par ce type de littérature. Mais j’encourage tout de même les curieux à se plonger dans son livre !

Si c’est un homme, Primo Levi – 1988 – Ed. Pocket, 214 p.

Si c’est un homme, c’est un classique, un témoignage unique d’un des évènements les plus bouleversants qui ont frappé notre globe terrestre. La déportation et l’assassinat en masse de nombreux juifs, ce crime contre l’humanité, est encore bien proche de notre époque. Pas même cent ans qu’Hitler a pris le pouvoir en Allemagne, pas même cent ans que sa folie a entraîné notre monde dans un chaos sans précédent. Primo Levi, c’est un témoin, une victime du camp d’Auschwitz. Et c’est avec un incroyable détachement qu’il nous raconte, peu de temps après sa libération, les conditions innommables dans lesquelles il a dû survivre.

Résumé

Février 1944. Primo Levi, citoyen italien d’origine juive, est déporté dans le camp d’Auschwitz. C’est dans des conditions d’une atroce inhumanité qu’il va tenter de survivre. Survivre pour raconter la terreur, l’horreur de ce camp. Des hommes, des femmes, des enfants, réduits à des comportements animaux. Une haine, une violence contre les juifs. Des attitudes qui dépassent l’entendement.

Mon avis sur l’œuvre

Je souhaitais lire Si c’est un homme. J’ai toujours été intéressée par les guerres, non parce que j’aime la souffrance, mais simplement parce que je considère essentiel d’être trainée dans ces évènements qui nous soulèvent la nausée afin d’apprendre des erreurs commises (je suis désolée de ce terme si faible comparé à la proportion de l’atrocité des évènements. Erreurs, je n’ai rien trouvé de mieux. Mais au fond de moi, je le crie, ce mot “erreur”). Ce livre nous permet de le faire.

Primo Levi ne joue pas sur les émotions. Il ne cherche pas à nous tordre l’estomac (même si, disons-nous le bien, il n’en a pas vraiment besoin). Je n’ai pas eu envie de pleurer comme devant La vie est belle ! Mais l’émotion, le frisson, la tristesse, la colère. Tout était là. L’écrivain souhaite nous donner une vision des plus réalistes des évènements. Il prend un recul assez incroyable, auquel je ne m’attendais pas.

L’horreur de ces camps, chaque livre qui en traite nous apprend de nouvelles choses. A chaque chapitre, nous nous demandons quelle terreur leur tombera dessus. Ces hommes, obligés de vivre et dormir dans la saleté, n’ont plus aucune dignité. Et après tout, pas besoin de dignité. Ils peuvent mourir du jour au lendemain. C’est la guerre entre chaque prisonnier. Gare à celui qui laisse trainer ne serait-ce que sa cuillère, au risque de se la faire voler. Des juifs, mais pas seulement. Des criminels aussi, des politiciens, des homosexuels.

C’est une souffrance morale et physique qu’ils subissent. L’épuisement les achèvent à petit feu. Le travail imposé est un enfer dans leurs conditions de survie. Le peu de nourriture auquel ils ont droit est un acte de barbarie après le labeur qu’ils ont dû produire pour ne pas être tué par les nazis.

L’hiver est rude, le froid en tue plus d’un. L’arrivée du printemps apaise les esprits. Du moins ce qu’il en reste. Les Hommes deviennent des robots, incapables de penser à demain, se refusant la nostalgie de leur vie passée.

L’écrivain survivra grâce, notamment, à la mise en place d’un laboratoire au sein du camp dans lequel il a été engagé. Coup de chance pour ce chimiste. Cet emploi fut sa porte de sortie, sa porte de protection pour tenir le coup.

Conclusion

Ce livre est d’une rare puissance. Victime du camp, Levi nous dévoile dans cet ouvrage un récit qui se veut fiable face aux tortures qu’il a subies. Ce sera sans haine envers les nazis qu’il décrira au mieux de ses souvenirs les atroces souffrances tant physiques que morales qu’il a supportées. Un témoignage puissant sur le courage sans égal d’un homme (parmi tant d’autres) terriblement discriminé.

10 jours dans un asile, Nellie Bly – 2016 – Ed. Points 168 p.

Nellie Bly était une journaliste américaine du fin XIXème / début XXème siècle. Rédactrice au New York World, elle s’est faite connaître pour ses enquêtes qu’elle a menées inconito. Nellie Bly était une jeune femme engagée qui s’est infiltrée dans diverses administrations afin de dénoncer des attitudes et comportements parfois outrageants. 10 jours dans un asile est le résultat de ses recherches au sein d’un asile américain.

Résumé

Nellie Bly se voit confier une mission par son employeur : s’infiltrer au sein du Blackwell’s Island Hospital de New York. L’objectif est de découvrir et dénoncer les épouvantables conditions de vie des “patientes”, cachées à la connaissance de tous. Ce ne sera pas chose facile.


Suivront ensuite deux articles rédigés par l’auteur sur le travail des femmes en usine ainsi que sur une entreprise de placement des domestiques.

Mon avis sur l’œuvre

L’employeur de Nellie est clair : elle doit chercher un moyen d’intégrer, en tant que patiente, l’hôpital. Lui trouvera un moyen pour l’en délier. Assez effrayant de s’engager dans une telle enquête, partir dans un milieu inconnu qui la privera de sa liberté. Nellie Bly n’a pas pour autant eu peur, prend son nouveau défi en main et commence à chercher le moyen de se faire passer pour “folle”.


La procédure d’internement n’est pas évidente. L’hôpital est financé par les habitants de la ville de New-York. De ce fait, les malades doivent réunir des conditions particulières pour bénéficier de l’aide publique. Il faut une décision de justice pour être interné. Et surtout, la personne doit être reconnue comme pauvre. Il faudra donc user d’imagination pour que le juge considère Nellie comme folle.


Lorsqu’elle réussit sa mission, elle intègre l’hôpital et les conditions d’internement des malades semblent inimaginables. A l’heure d’aujourd’hui, après des études approfondies de spécialistes dans le domaine de la psychologie, nous avons conscience de la fragilité d’un esprit malade. La façon dont les infirmières les traitent ne peut que les rendre encore plus folles ! De la violence physique à la violence morale, les émotions des patientes sont secouées dans tous les sens. C’est terrible.


Nellie constate très rapidement que les patientes sont saines, et peu nombreuses sont réellement malades. Les médecins ne sont pas suffisamment à l’écoute pour prendre en compte leurs appels à l’aide. Car nombreuses sont les patientes qui clament leur sanité. Le personnel médical n’y prend guère attention et fait preuve d’un complet aveuglement face aux traitements d’une violence difficilement supportable que subissent les “folles”. C’est un cauchemar que ces femmes vivent.

Conclusion

10 jours dans un asile est un témoignage puissant qui permet d’observer l’évolution des asiles psychiatriques. Cette recherche effectuée par Nellie n’a pas été vaine. C’est avec difficulté qu’elle a quitté l’asile après 10 jours d’internement, car ce fut difficile d’abandonner à leur sort ces femmes qui ne sortiront sûrement jamais de cet endroit. Elle a décidé à sa sortie de porter plainte contre l’établissement et contre le personnel médical. C’est avec plaisir que nous apprenons, à la fin de cet article, que la ville de New-York a écouté les plaintes qu’elle a émises et a décidé de fournir un montant conséquent à l’hôpital afin d’améliorer les conditions d’internement et de soin des patientes.

J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand – 2017 – Ed. Pocket, 384 p.

J’apprécie beaucoup les romans d’Agnès Martin-Lugand. Des romans simples, qui traitent de sujets de la vie de tous les jours et qui retranscrivent bien, selon moi, la génération actuelle. J’ai toujours cette musique dans la tête est un roman intéressant qui aborde le lourd sujet de la manipulation. Une histoire très intéressante qui a su me tenir en haleine pendant tout son récit.  

Résumé de l’œuvre 

Véra et Yanis mènent une vie tranquille, parfaite, avec leurs trois enfants. Yanis ne cache pas ses ambitions. Non diplômé, travaillant pour le frère de Véra, il rêve de plus grand. Ce couple parfait n’est pas au bout de ses surprises. L’arrivée de Tristan dans leur vie va chambouler leur équilibre et les entraîner dans une sacrée descente aux enfers.  

Mon avis sur l’œuvre 

Nous ressentons assez rapidement le côté d’analyse de la psychologue qu’est l’écrivaine. Nous sommes entraînés dans une ambiance glaciale et malaisante. Les envies de Yanis le poussent à se mettre à son compte. Un beau projet que Véra va encourager. Il faut dire que leur petit couple fait rêver, c’est un amour inconditionnel qu’ils semblent partager. Nous n’avons donc aucun doute sur la fidélité de Véra pour encourager son mari à réussir son projet.  

C’est ici que Tristan entre en jeu. Divorcé, père de deux filles. Un homme seul et d’aspect un peu hautain, nous sentons dès le début que Véra s’en méfie. Et il y a de quoi : ce jeune inconnu se propose (bien trop généreusement) à devenir caution de l’entreprise de Yanis. Mais quelle idée ! Quel lecteur peut imaginer une seule seconde que ceci soit une bonne idée ? Son premier objectif est atteint lorsqu’il arrive à rendre les personnages vulnérables. Pour cela, rien de plus simple que de les isoler. Véra et Tristan se disputent sévèrement avec Luc (le frère de Véra et meilleur ami de Yanis) et Charlotte (la meilleure amie de Véra). Et ce Tristan s’installe, doucement. Sous ses allures d’homme toujours impeccable, il s’immisce dans la vie personnelle de Yanis et cherche à y gagner une place. Voire à en devenir le personnage principal. 

Quelle erreur que d’avoir fait confiance à cet homme… La relation de Yanis et Véra se dégrade rapidement et ils finissent par se séparer. Tristan réussit sa mission et sème le trouble dans leur relation. La confiance n’y règne plus, la communication ne passe qu’à travers ce que Tristan accepte de raconter à l’un et à l’autre (car il deviendra, bien évidemment, l’intermédiaire entre les deux protagonistes). Nous, lecteur, nous voudrions juste hurler, les prévenir du mal qui s’approche d’eux. Car dès le début, cet homme est louche.  

Je trouve que l’aspect psychologique de Tristan a bien été développé, et c’était assez agréable de terminer sur la fin que l’écrivaine a choisi. Bien sûr, venant de Lugand, je ne m’attendais pas à une fin malheureuse ! Mais l’histoire n’a pas manqué de rebondissements. Malgré le fait que certains lecteurs se sont plaints de la relation idyllique menée dans un premier temps par Véra et Yanis, je n’ai pas été particulièrement dérangée. Je ne doute pas en la possibilité d’un couple qui, après avoir atteint maturité, puisse être aussi fusionnel. Je n’ai eu aucun problème à me projeter dans la vie des personnages ! 

J’apprécie Lugand car elle introduit toujours dans ses romans des analyses psychologiques de ses personnages. Cet aspect permet de rentrer plus facilement dans l’histoire et de s’identifier à chacun d’entre eux. Je me suis souvenue de ma dernière rencontre avec l’écrivaine, lors d’une séance de dédicaces dans Paris. Elle nous avait dit qu’elle vivait ses personnages et que leur dire “au revoir” était toujours triste et difficile. Eh bien, je suis un peu triste de dire adieu à Véra et Yanis.  

Conclusion 

J’ai beaucoup aimé ce livre d’Agnès Martin-Lugand (comme tous, d’ailleurs…). Ses histoires happy ending font du bien ! Pourtant, Dieu sait que je suis exigeante sur les livres trop récents et un peu commerciaux. Mais Lugand, j’adore ! Je le conseille vivement. 

Bonne lecture 😊  

Roissy, Tiffany Tavernier – 2019 – Ed. Points, 227 p.

Ça y est, le Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points 2020 est officiellement ouvert ! Et voici le premier titre que nous avons reçu : Roissy, de Tiffany Tavernier. Inconnu au bataillon pour ma part, ce livre est un recueil d’humanité. Fille de la scénariste Colo Tavernier et du réalisateur Bertrand Tavernier, elle se lance en tant qu’écrivain avec la sortie de son premier roman en 1999 Dans la nuit aussi le ciel. Vingt années plus tard, voici la sortie de Roissy (édité dans un premier temps par Sabine Wespieser Editeur en 2018).

Résumé

Cela fait huit mois qu’elle a perdu ses souvenirs. Elle ne sait plus qui elle est, ni quelle est son histoire. Elle erre dans Roissy, en cherchant à se faire passer pour une voyageuse. Elle tire derrière elle sa valise et vole pour se nourrir. Les toilettes lui permettent de se laver et de paraître toujours propre. Elle refuse d’être catégorisée de SDF et refuse de se joindre à ces derniers qui ont également fait de Roissy leur « domicile ». Qui est-elle ? Pourquoi se retrouve-t-elle ici sans souvenirs ?

Mon avis sur l’œuvre

J’ai été très sceptique lorsque j’ai ouvert mon colis des Editions Points que j’attendais avec impatience. Roissy, jamais entendu parler. Tiffany Tavernier, non plus. Bon c’est une découverte alors. Et puis j’ai lu le résumé. Le livre n’est pas bien épais, les chapitres sont courts. Le livre se lira donc très vite. Le sujet semble intéressant et plein de suspens.

Le thème abordé est important et fort. En plus de l’esprit de l’être sans abri, nous accompagnons cette femme qui est amnésique. L’histoire qui se cache derrière doit être intéressante ! J’ai trouvé que ce n’était pas assez approfondi… Il y a beaucoup de pages où le personnage principal discute avec des passagers sur leurs destinations. Elle ment, s’imagine une autre vie et se fait passer pour une voyageuse également. J’admets avoir eu du mal à avec ces passages… Ce qui m’intéressait, c’était l’histoire de cette femme, et non ses diverses divagations.

Alors évidemment, je comprends bien que ces passages sont faits pour nous mettre dans l’esprit du personnage principal (son histoire nous est racontée à la première personne). Soit. Je me suis donc armée de patience.

Et puis, nous découvrons petit à petit le passé de cette femme, le(s) drame(s) de sa vie qui ont entraîné son amnésie. Nous rencontrons son ami Vlad, également sans abri, qui tombera malade (ce qui bouleversera les sentiments du personnage principal). Nous ressentons le désarroi des personnages qui cherchent un lieu pour dormir, après que leur squat ait été brûlé. Cette pauvreté fait mal, nous prend aux tripes. Nous ressentons presque tout ceci comme une histoire d’aventure, assez irréelle. Mais non, c’est la vie de certains humains pour qui cette dernière n’a pas aussi bien tourné. C’est un poignant récit d’humanité que nous découvrons.

Je regrette malgré tout la fin. Je ne suis pas très sympathisante des “petits” livres, je suis très exigeante lorsqu’apparaît un sentiment de “livre bâclé”. C’est un peu ce que j’ai ressenti. Certes, l’histoire m’a touchée et à la fin, je souhaitais à tout prix connaître le dénouement du récit (c’est qu’elle m’avait tout de même un peu captivée !). Mais l’histoire de sa vie, justifiant son amnésie, a été bien trop rapide. Les drames sont passés au second plan, trop brièvement alors qu’ils représentaient le centre de l’histoire. Alors que nous ne nous y attendons pas, pouf la vérité nous tombe dessus et levé de rideaux. C’est dommage… J’aurais aimé en apprendre plus, aller au bout du bout. J’aurais aimé frémir, avoir peur et ressentir le malaise du personnage principal. Mais non. Peut-être n’ai-je pas été assez réceptive à l’écriture de Tiffany Tavernier.

Conclusion

Ce livre est assez court et c’est dommage. Le thème traité est important et n’est pas pris à la légère. Deux aspects sont essentiels : la femme est amnésique et est sans abri. Il est difficile de savoir sur quel point le livre doit être centré, les deux sont importants. Sa vie en tant que SDF est bien abordée mais son traumatisme est selon moi légèrement bâclée et je le regrette.

Ce livre est le premier de la sélection du Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points 2020. Je suis impatiente de recevoir le prochain !

La petite femelle, Philippe Jaenada – 2015 – Ed. Points, 724 p.

C’est un ultra coup de cœur que j’ai eu pour La petite femelle. Philippe Jaenada a su se démarquer depuis quelques années avec sa narration assez particulière : il intègre dans son roman des pensées, des apartés sur sa vie privée, qui m’ont fait pouffer de rire. Pourtant, l’histoire est loin de conter une comédie. Jaenada revient sur un fait divers qui a fait beaucoup de bruit en France en 1953 : l’affaire Pauline Dubuisson. Cette jeune femme, alors âgée d’une vingtaine d’années, est accusée du meurtre de son amant. Retour sur le destin tragique d’une femme qui n’a pas été épargnée par la vie.

Résumé

17 mars 1951. Comme convenu avec Félix Bailly, Bernard Mougeot sonne à l’appartement de son ami. Aucune réponse. Après avoir récupéré les clefs de l’appartement chez la gardienne, il retrouve Félix écroulé au sol sur une large flaque de sang. A quelques mètres de là, suivant une odeur de gaz, il retrouve Pauline Dubuisson allongée au sol et asphyxiée. Que s’est-il passé en cette tragique matinée de 1951 ? Pourquoi Pauline Dubuisson a-t-elle été jusqu’à tuer son amant ? Elle n’a pas eu une vie facile, Pauline. En retraçant le parcours de cette jeune femme, Jaenada va tenter de rétablir la vérité.

Mon avis sur l’oeuvre

Pour l’instant, je vais donner la mienne, qui ne s’appuie pas que sur les déclarations sujettes à caution de Pauline (elle n’a pas dit grand chose, de toute manière), mais sur des trucs de poètes rêveurs comme le rapport d’autopsie ou la balistique, de petites choses évidentes et concrètes qui auraient dû sauter aux yeux de quiconque en a deux, mais que les artistes officiels de la Société Bien Protégée, dans leurs belles robes de scène rouges ou noires, ont habilement dissimulées sous leurs foulards soyeux et colorés de magiciens.

Voici les termes de Jaenada juste avant de nous expliquer ce qui, selon lui, s’est passé le jour du meurtre. Sa rage est bien portée : les preuves sont nombreuses mais mises de côté. L’évidence de certains faits nous saute aux yeux et pourtant, les juges décideront de ne pas revenir dessus. Car en effet, cette histoire a fait beaucoup de bruit, la foule est enragée suite à cet assassinat et souhaite « la peau » de Pauline Dubuisson. C’est une bataille acharnée face à un procès pour lequel la sanction est presque déjà déterminée qui se joue.

Le destin tragique de Pauline Dubuisson est assez tumultueux. Elle a grandi à Dunkerque sous la Seconde Guerre mondiale. Élevée par un père assez détraqué (il faut le dire), elle grandira dans un foyer où elle apprendra à toujours garder la tête haute, le sang froid, ne pas faire preuve de trop de sentimentalisme. Elle ne connaîtra pas beaucoup l’amour, peut-être plus un sentiment de fascination qu’elle développera pour son père. Sa mère est dépressive, notamment suite au décès de l’un de ses fils pendant la guerre. Elle fait parte des « faibles ». Pauline, elle, ne montrera pas ses sentiments mais sera bien évidemment peinée par ce deuil. Pleurer, c’est pour les faibles. Elle ne pleurera donc pas.

Lorsque Dunkerque est envahi par les Allemands, après une interminable période de bombardements, le père de Pauline, André, travaillera pour ces derniers. Pour se protéger ? Fort probablement. Il capitule donc, et sympathise avec l’ennemi. Pauline n’aura d’autre choix que de faire de même. Et c’est ici qu’elle se détraque à son tour. Elle prend rapidement son indépendance et commencera à avoir des relations sexuelles avec un Allemand à l’âge de 14 ans (aïe).

Ce sera plusieurs années après que se déroule le drame. Mais le passé de Pauline est capital pour comprendre sa psychologie, d’où elle vient. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer une telle enfance, adolescence. Lorsqu’elle rencontre Félix, elle est encore une jeune femme renfermée, dont le cœur ne s’ouvre que peu. L’amour, elle ne connaît pas. C’est pourquoi, après quelques années de couple avec Félix, elle le jette. Salement, il faut le dire. Mais on peut comprendre un peu quand même, elle n’arrive pas à aimer. Le coup fatal, c’est qu’elle se rend compte (trop tard) que ce qu’elle ressentait pour lui était de l’amour et que sa vie sans lui n’a pas de sens. Elle va tout mettre en oeuvre pour le récupérer, mais celui-ci est déjà fiancé. Sa fiancée, c’est tout ce que Pauline n’est pas et est adorée par tous les proches de Félix. Le défi s’annonce difficile, et pour cause.

Je ne vais pas développer toute l’histoire, il faut lire l’oeuvre de Philippe Jaenada pour comprendre l’importance du récit. Un hommage à une jeune femme qui a perdu toute dignité, qui n’a pas eu droit à un procès équitable, humiliée, injuriée, incomprise, détestée. Une femme qui a été poussée, par le peuple, à une sentence injuste. J’ai de la peine pour elle, pour les erreurs qu’elle a faites mais également pour la souffrance qu’elle a dû ressentir toute sa vie. Les systèmes de protection qu’elle a mis en oeuvre toute son existence pour se protéger, simplement parce que le seul exemple de l’adulte qu’elle avait était celle de son père (une image donc faussée par un homme assez détraqué, je le répète). Ce dernier lui ayant dit, tout de même, que si on échoue, le suicide est une solution viable. Super, le père.

J’ai adoré cette oeuvre pour deux raisons principales :

  • Philippe Jaenada est un très, très (très) bon conteur. Les recherches qu’il a sûrement faites pour achever son oeuvre ont probablement été très longues, particulièrement complexes. Nous sentons qu’il aurait presque pu se transformer en Pauline Dubuisson, tentant tant bien que mal à défendre son honneur. Et puis, ses apartés sont excellentes. Peut-être qu’elles ne sont pas au goût de tous, car elles peuvent être assez déstabilisantes (nous sommes ravis d’apprendre que sa femme, au début de leur relation, l’a trompé avec son ex et a ensuite rejoint Jaenada avec du sperme entre les seins !). Mais elles m’ont parfois fait tellement rire, que je les adore.
  • Cette histoire est en partie atroce. Les failles de la justice peuvent être si vicieuses. C’est comme si le jugement avait été fait sous le prétexte du « oui, non mais je n’aime pas trop sa couleur de cheveux donc hop, perpét ». Non ! La justice ne devrait pas être ça, elle ne devrait pas se former sur des préjugés. Bon, c’est une erreur, sûrement, ce n’est pas toujours comme ça, peut-être encore moins aujourd’hui. Mais en tout cas, nous frémissons avec Pauline. Certes, Jaenada ne part pas DU TOUT de manière impartiale, il s’est fait son idée et veut clamer une part d’innocence dans tous les propos atroces qui ont été inventés au sujet de Pauline. Mais il m’a convaincue.

Conclusion

Ceci était mon premier roman de Jaenada. Eh bien, j’en reste probablement marquée à vie. Ce livre m’a fait vivre dans la souffrance de Pauline Dubuisson, dont le destin tragique m’émeut profondément. L’histoire n’est pas des plus joyeuses (et est une histoire vraie, ce qui rend le récit plus intense encore). Mais j’ai adoré, et je ne peux que le conseiller !

L’Ancre des rêves, Gaëlle Nohant – 2017 – Ed. Le Livre de Poche, 331 p.

J’avais été extrêmement captivée par le roman La Part des flammes que Gaëlle Nohant paru en 2016 dans l’édition Le Livre de Poche. À la suite de la grande émotion que j’avais ressenti, j’ai sauté sur l’occasion d’acheter son premier roman : L’Ancre des rêves. Gaëlle Nohant éditera ce premier récit en 2007, soit neuf ans avant son second roman. Il fut très intéressant d’observer l’évolution de son écriture (même si, de ce fait, je l’ai réalisé dans le sens inverse puisque j’avais débuté avec son second ouvrage :D).

Résumé

Guérindel est catégorique : ses enfants ne s’approcheront pas de la mer. Ils n’ont donc jamais côtoyé les douceurs d’une vague le long de leurs chevilles, la sensation d’être transportés par le courant, le froid de la mer qui saisit leurs corps chauds. Elle ne souhaite pas que la malédiction qui touche sa famille depuis plus d’une décennie se perpétue à travers eux. De ce fait, ses enfants Benoît, Lunaire et Guinoux sont victimes de nombreux cauchemars tous liés à cet océan interdit. Comment les surmonter ? Identiques chaque nuit, comment peuvent-ils ainsi se répéter ? Comment les faire cesser ? C’est ce que Lunaire va tenter de découvrir en essayant de retrouver la trace d’un des hommes qui hantent ses nuits.

Mon avis sur l’œuvre

L’Ancre des rêves traite d’un sujet qui m’est cher : les cauchemars, la peur du sommeil. Peut-être en attendais-je un peu trop ? J’ai été (légèrement) déçue. Je ne pensais pas que l’on se retrouverait dans une histoire où le fil qui sépare le réel de l’imaginaire puisse être dépassé. Sur un fond complètement classique, nous retrouvons cette famille bretonne qui vit sa vie au large de la mer. Jusqu’ici rien de troublant. Mais c’est lorsque l’analyse des cauchemars des enfants débute (notamment celui de Lunaire, qui partira à la recherche des marins qui y apparaissent) que l’irréel s’installe.

Attention spoiler : Je ne sais pas si c’est une volonté de croire que les morts puissent contacter les vivants dans la « vraie vie » (un débat sur lequel je ne me lance pas). Mais les protagonistes des rêves de Lunaire sont en réalité, en partie, ses ancêtres (ce que l’on découvrira bien plus tard). Ces derniers se chargent d’apprendre à Lunaire la vérité sur ses ancêtres et sur les drames qui les ont frappés. C’est assez étrange d’être envoyé dans cette théorie à laquelle je ne m’attendais pas vraiment.

Fin spoiler : Une fois ma surprise passée, l’histoire a commencé à réellement m’intéresser. J’ai voulu découvrir avec Lunaire qui étaient ces personnes qui le terrorisaient dans ses cauchemars. Le dénouement de l’histoire a été convaincant et n’est pas allé dans le superflu.

J’ai ressenti une grande curiosité pour le métier de la mer. L’amour de ces marins pour l’océan est très bien retranscrit, et la fidélité qu’ils portent vis-à-vis de leur équipage et de leur bateau est saisissante. C’est un milieu très différent de ceux que nous pouvons côtoyer, avec des règles bien précises. Il est intéressant d’en apprendre plus à ce sujet.

Je me suis rapidement attachée aux personnages. Guérindel est une mère attachante qui souhaite protéger au mieux ses enfants mais qui crée, au contraire, un sentiment de tension dangereux ainsi qu’une obsession pour ses enfants. Les cauchemars, le désespoir des enfants face à des nuits interminables étaient très touchants. Gaëlle Nohant écrit très bien, son écriture est fluide et complète. Il est très agréable de se plonger dans son histoire.

Conclusion

Un grand changement s’est effectué, selon moi, entre L’Ancre des rêves et La Part des flammes. Ce dernier reste mon favori, car il a su me transporter dans une époque que j’aime particulièrement (XIXème siècle) et à travers un évènement qui 1° est historique, et 2° qui est original (pour rappel, La Part des flammes traite de l’incendie ravageur du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897). J’attends donc avec impatience la sortie de son troisième roman… 😊

Romain Gary s’en va-t-en guerre, Laurent Seksik – 2018 – Ed. J’ai Lu, 256 p.

Romain Gary, connu également sous le pseudonyme « Emile Ajar », est un grand écrivain français. Né en 1914 dans l’Empire Russe sous le nom de Roman Kacew et d’origine juive, il a fui le pays et les actes de violence à l’encontre de ses semblables et s’est installé avec sa mère à Nice en 1928. Il deviendra un aviateur français et s’engagera dans l’armée de l’air française. Romain Gary s’en va-t-en guerre retrace deux jours de la vie du jeune Romain. De ces deux jours, nous découvrons l’esprit rêveur de l’écrivain mais également les relations qu’il entretenait avec ses deux parents.

Résumé

Romain Gary est le fils d’Arieh Kacew et de Mina Owczyńska. De sa mère, nous entendons souvent parler dans ses œuvres. Mais de son père, c’est plus rare. C’est pourquoi Laurent Seksik nous raconte, à travers deux jours essentiels de la vie de Romain, la relation tumultueuse qu’il entretenait avec son père Arieh. Ce dernier a quitté le foyer, laissant Mina et Romain seuls dans la misère. Mais ce dernier ne cesse de rêver que son père va revenir. Chaque fois qu’il vient déposer la pension qu’il doit à sa femme, Romain imagine qu’Arieh va déposer ses bagages et revenir pour de bon. Ses espoirs se révèlent détruits le jour où Arieh annonce à Mina sa relation avec une autre femme.

Mon avis sur le livre

La relation entretenue entre Romain et Mina est très fusionnelle. Nous ressentons de Romain une très forte affection pour sa mère. Assez frivole, elle cache l’importance des difficultés financières qu’elle supporte et dédramatise la situation pour protéger son fils. Bien évidemment, Romain a conscience des difficultés (les meubles de leur appartement ont notamment été saisis par un huissier), mais nous ressentons la protection que Mina s’efforce de réaliser pour son fils.

Mina est décrite par Arieh (dans l’œuvre) comme plus ou moins bipolaire. Excentrique, impulsive, nous ressentons que leur relation passée n’a pas été évidente. L’amour qu’Arieh a porté pour sa femme est intense, il hésite à revenir vers elle, mais les mauvais souvenirs refont surface et ne lui permettent pas de surmonter à nouveau les situations complexes qu’elle lui a fait vivre. Arieh est heureux et surtout : il attend son deuxième enfant. Celui-ci est porté par sa nouvelle compagne qu’il n’a pas encore dévoilée au grand jour à sa famille. Arieh regrette d’être dans une telle situation, d’avoir trompé sa femme. La culpabilité est un sentiment clef de sa personnalité dans cette œuvre.

Arieh est le modèle de son fils. Il veut devenir comme son père, exercer le même métier. Il veut apprendre auprès de lui les bases de son métier et récupérer l’entreprise familiale. Ceci est sans compter le projet fantasque de Mina d’emmener son fils en France, où elle imagine une vie plus belle pour eux. Nous la comprenons ! Juifs, ils vivent déjà dans la misère et la situation ne saurait s’améliorer avec l’approche de la Seconde Guerre mondiale.

Arieh n’aura pas eu le courage d’annoncer la venue future de son second enfant à Romain. Ce dernier apprendra l’évènement un soir où il décide de se rendre chez son père et de le convaincre de rentrer dans leur foyer. Il apercevra ainsi son père dans la rue avec une femme : il n’a jamais semblé aussi heureux. Il voit ainsi la nouvelle compagne et son ventre arrondi, et il comprend. C’est à ce moment que le sentiment de trahison devient insupportable pour le pauvre Romain. La douleur d’un enfant dont les rêves se brisent et qui n’a pas encore la maturité de comprendre une telle situation.

Attention spoiler : Le dernier chapitre du livre se termine en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. Un chapitre d’une émotion si puissante, intense. Nous nous retrouvons dans le village où nous avons quitté Romain, sa mère, son père, ses amis et ses voisins. Ici, les SS sont bien installés et ont pour mission de tuer un maximum (pour ne pas dire tous) les habitants. Pour ne pas raconter l’histoire de ce chapitre qui prend aux tripes, voici juste une chose que nous y apprenons : tous ses amis, ses voisins, mais aussi son père, sa compagne, seront assassinés.

Arrêt spoiler : C’est ici que le livre se termine. Romain a-t-il pu s’expliquer avec son père ? Ce dernier savait qu’il était engagé dans l’armée de l’air française et y voyait un grand espoir, il espérait que son fils viendrait les libérer. L’aurait-il su sans échanger avec Romain ? Leurs dernières relations se sont-elles réalisées dans la colère ? Romain a-t-il pu pardonner son père qui semblait porter pour lui une tendre attention ? C’est assez difficile à dire.

Conclusion

Ce livre est probablement un incontournable. Romain Gary est un très grand écrivain français et il est intéressant d’apprendre à mieux cerner le personnage. Sa relation avec ses parents était très importante dans son développement et a semblé forgé un caractère d’homme protecteur et attentionné envers les siens. Une lecture courte, écrite par Laurent Seksik qui est très doué dans la narration. A lire !

La dame du manoir de Wildfell Hall, Anne Brontë – 2018 – Archipoche, 576 p.

Il existe des livres qui vous marquent, dont la lecture vous obsède. Des livres pour lesquels vos sentiments courent en cascade, dans lesquels vous vous attachez aux personnages. Ces livres pour lesquels vous versez une larme à la fin de la lecture, ou pour lesquels vous restez coi. Ces livres qui vous bousculent. De ces œuvres, je n’en ai pas connu énormément. Je citerais Les Piliers de la Terre et Un Monde sans fin de Ken Follett, ainsi que Une Femme d’Anne Delbée. Aujourd’hui, je souhaiterais ajouter à cette liste La dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë. C’est un livre puissant sur un amour déchirant qui s’offre à nous. Un amour interdit qui nous fend le cœur. Cette œuvre, écrite en 1848 par l’écrivain, est clairement un des classiques anglais que j’ai préférés.  

Résumé 

La vie de Gilbert Markham est bousculée le jour où Mrs Graham vient habiter le manoir de Wildfell Hall avec son fils Arthur. Toute de noir vêtu, Helen, de son prénom, est considérée comme veuve par le voisinage. Cette femme, encore jeune et ravissante, devient victime de nombreux commérages à son sujet. Gilbert va rencontrer cette femme et tombe sous le charme, au grand désespoir d’Eliza à qui il avait confié son cœur. Vivant une relation particulièrement fusionnelle avec son fils, Helen sera moquée : mère poule qui module son enfant afin que chacun des désirs qu’elle considère mauvais (l’alcool notamment) le répugnent et ne le poussent plus à la tentation. Pourquoi une telle relation avec son enfant ? Et pourquoi Frederick Lawrence, son voisin et ami, ne cesse de se rendre à la demeure de Wildfell Hall ? Quel est donc le passé mystérieux de cette jeune femme ?  

Mon avis sur l’œuvre 

Woua. Vraiment, je n’ai pas de mots tant je suis tombée sous le charme de ce qu’Anne Brontë avait à nous raconter. Outre son écriture douce, délicate, intense, ses pensées ne se perdent pas. Et pourtant, nous passons dans trois parties bien différentes et pourraient semer confusion dans nos esprits. 

Dans la première partie, Gilbert raconte sa rencontre avec Helen et l’amour qu’il ressent pour elle à son ami. D’abord froid et réticent à l’approche de cette jeune femme, il tombera sous son charme et développera pour elle un amour inconditionnel. Il ne cessera de se battre afin de protéger son honneur, maintes fois terni par les racontars. Et puis, se rapprochant petit à petit d’elle, il observe une certaine réticence de sa part. Pourtant, il ressent qu’elle développe également des sentiments à son égard. Elle souhaite céder, il ne peut que le sentir à travers son regard, mais elle ne cède pas, à son plus grand désarroi. Face à cela, arrive Mr Lawrence, le voisin qui se rend très souvent voir Helen. Gilbert se persuade qu’une relation amoureuse se joue entre eux. Quelle tristesse ! Sa vie bascule et nous basculons avec lui, son désespoir et sa colère nous émeut. Lorsque Mrs Markham lui confie son journal intime pour lui raconter son passé, la vie de Gilbert cesse de nous intéresser et nous parcourons la moitié de l’ouvrage à travers les pensées les plus intimes de Mrs Makham. Et c’est délicieux. 

La deuxième partie est tout aussi prenante. Cette fois-ci, nous prenons possession du personnage féminin de Mrs Markham et nous chevauchons son parcours. Nous développons une certaine empathie pour elle, qui n’était pas forcément présente dans le début de l’ouvrage. Nous découvrons son mariage désastreux avec un mari alcoolique, fêtard, dédaigneux, prétentieux, immature. Nous souffrons avec elle du dénigrement qu’il va porter à son encontre. Nous le haïssons avec elle et n’attendons, avec impatience, qu’une seule chose : que le récit soit terminé et que Gilbert accourt, la protège et gagne son cœur.  

La troisième et dernière partie est la plus émotionnellement intense. Anne Brontë se joue de nous ! A la fin de la deuxième partie, nous n’imaginions qu’une seule fin (tout du moins, nous l’espérions) : Gilbert retrouvant Helen et lui prouvant que l’amour qu’il lui porte la protègera de toutes ses craintes. Désormais qu’il connaît son histoire, nous ne pouvons imaginer que la situation sera difficile. Et pourtant, Helen repousse Gilbert et lui demande de ne plus jamais revenir. Quel choc !  Nous n’en croyons pas nos yeux. Souhaitant protéger sa réputation déjà particulièrement ternie, elle va demander à Gilbert de la quitter, amicalement et amoureusement, de l’oublier. Cette séparation est difficile, nous ne voulons pas qu’elle se déroule ainsi. Leur amour va subir énormément de péripéties dans cette dernière partie, mais je n’en dirais pas plus afin de ne pas vous gâcher la surprise… 😊 

J’ai adoré ce livre. Je ne sais pas si le terme “adorer” est suffisant. Anne Brontë est pleine de surprise et m’a étonnée durant toute ma lecture, avec des rebondissements à tout va. Son écriture est très fluide, très riche. Les émotions sont là et ne nous quittent pas. J’ai été agréablement surprise par ce livre. Son analyse des sentiments, des situations, fait preuve d’une extrême maturité. De plus, l’histoire m’a beaucoup touchée. Elle est banale, une histoire d’amour ratée, mais la résignation dont Helen fait preuve est très émouvante. 

L’édition collector d’Archipoche est très belle. Pour moins de dix euros, le livre est de bonne qualité. Les pages ne bavent pas, la police est bien choisie et l’épaisseur des feuilles rend le toucher très agréable. La seule petite remarque que je me permets de souligner est que la relecture laisse à désirer sur la fin de l’œuvre… Pendant les trois-quarts du livre je n’avais aucune (ou très peu) de fautes. Et puis, la fin approchante, j’ai été frappée par des erreurs toutes bêtes mais néanmoins irritantes. Comme une fin bâclée. Des “ou” à la place de “où”, “et” à la place de “est”. C’est dommage.  

Conclusion 

Ce livre est extrêmement génial. Je l’adore, il m’a énormément marquée. Volumineux, mais je n’ai pas ressenti les pages passer. Ce fut un vrai plaisir de le lire, et ce sera sûrement avec autant d’émotion que je le relirai dans quelques années. A lire ! 

Je me tuerais pour vous, F. Scott Fitzgerald – 2018 – Ed. Le Livre de Poche, 520 p.

Ce recueil fut mon compagnon de découverte du monde des nouvelles. En effet, je n’avais jamais lu un condensé de nouvelles pour plusieurs raisons. Notamment, j’apprécie plus volontairement une histoire très longue et enivrante, qu’un texte court dans lequel on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages. Ces nouvelles, datant des années 30, n’avaient jamais été publiées. En tout, seize nouvelles ainsi que deux écrits destinés à Hollywood constituent l’ouvrage. Fitzgerald était connu pour ses nouvelles et avait construit sa réputation grâce à celles-ci. Ce livre est un moyen de découvrir son talent d’écrivain.

Résumé du livre

Il est fort difficile de réaliser un résumé d’un recueil de nouvelles… Nous sommes absorbés dans des histoires toutes plus étranges les unes que les autres. Voici quelques phrases qui décrivent celles qui m’ont particulièrement marquée.

Un instant, nous nous trouvons piégés par un espion étranger qui a caché un obus dans la valise d’une passagère américaine, qui se retrouve enlevée par celui-ci. L’amour qu’elle va porter pour son kidnappeur peut-il réellement exister ?

Nous rencontrons ensuite une jeune femme qui travaille avec un homme dont la réputation est des plus mystérieuse : certaines de ses conquêtes se seraient suicidées par amour pour cet homme. Le rapprochement de la jeune femme avec ce dernier entrainera-t-il des envies suicidaires ? (Ceci est l’intrigue de la nouvelle nommée Je me tuerais pour vous, nous comprenons pourquoi 😉).

Nous nous retrouvons également dans un atroce quiproquo entre deux amants qui se sont donné rendez-vous à la gare pour prendre le train. Si elle décide de venir, il considérera cet acte comme un “oui” à sa demande en mariage. Si elle ne vient pas, ce sera le signe d’un refus. Pourtant déterminée, elle n’arrivera pas à temps, pas avant le départ du train. Vont-ils se retrouver ? Réussir à se contacter ? A s’expliquer ?

Nous voyageons également à travers la guerre de Sécession, où le Nord et le Sud s’affrontent dans une guerre acharnée. Une jeune fille Nordiste tombera amoureuse d’un Sudiste ennemi. Leur amour semble incompatible pour deux raisons : tout d’abord leurs divergences d’opinions politiques ne peuvent que compliquer leur relation, mais surtout le drame qu’a subi le Sudiste. Suite à une querelle entre ce dernier et le frère de la jeune femme, le soldat Sudiste se retrouve pendu par les pouces à un arbre. Prise de pitié pour le sort du jeune homme, elle le libère de ses liens avec l’espoir de ne plus jamais le recroiser. Son cœur continuera de battre pour lui. Mais se reverront-ils ? Partageront-ils l’amour qu’ils portent en eux ?

« Les deux jeunes hommes repartirent vers le rivage à bord du canot et les mains qui s’agitaient dans leur direction depuis le yacht disparaissant peu à peu à leur vue dans l’obscurité croissante se firent le symbole de ce que la cruauté de temps révolus reculait à chaque coup de rame pour s’enfoncer dans un passé de plus en plus lointain. »

Mon avis sur le livre

J’admets ne pas avoir été emballée. Non pas parce que l’écriture de Fitzgerald me posait un problème, au contraire. La douceur de ses mots, la puissance des sentiments qui en émergent… C’est doux, c’est agréable, c’est intense. Néanmoins, je n’ai pas la capacité à me détacher des personnages avec tant de brusquerie. J’aime apprendre à connaître les personnages, les étudier, observer en eux des points communs avec moi ou certaines de mes connaissances. J’aime ressentir leurs sentiments, l’amour et l’attention qu’ils portent en eux, le désespoir qu’ils tentent tant bien que mal de surmonter. Dans une nouvelle, on s’attache aux personnages et sans que nous nous y attendions, ils disparaissent. Et l’histoire est terminée.

Les récits racontés sont très intéressants et traitent de sujets divers. Il est tout de même drôle de voir apparaître dans de nombreuses nouvelles la présence de médecin, parfois un dentiste. Un thème qui semble être volontairement abordé par Fitzgerald.

J’ai aimé être plongée dans ses écrits et ça m’a donné envie de lire Gatsby Le Magnifique ! Fitzgerald est un incontournable de la littérature américaine, et était majoritairement connu pour ses histoires d’amours, un peu à l’eau de rose. Une image dont il voulait d’ailleurs à tout prix se séparer. Pourtant, on les aime ses histoires d’amour. Il était doué, ce Fitzgerald.

Conclusion

Je ne suis toujours pas fan des nouvelles, et je ne pense pas que ce recueil fera partie des œuvres que je relirais un jour. Néanmoins, cette lecture fut très plaisante et je la recommande vivement. Comment mieux apprécier la littérature de Fitzgerald qu’en lisant les œuvres pour lesquelles il était le plus talentueux ?

Podcast littéraire : Grandes traversées : Louis-Ferdinand Céline, au fond de la nuit

J’ai décidé d’élargir le champ de mes post en vous faisant part désormais de mes découvertes de podcasts littéraires.

Christine Lecerf, chez France Culture, nous fait voyager à travers la vie de Louis-Ferdinand Céline à l’aide de cinq émissions de 110 minutes dans « Grandes traversées : Louis-Ferdinand Céline, au fond de la nuit ». Avec la collaboration de plusieurs intervenants du milieu littéraire, nous reparcourons les épreuves d’un grand écrivain de la littérature française, source de nombreuses polémiques particulièrement justifiées.

Résumé

Qui était donc ce Louis-Ferdinand Céline ? Un écrivain célèbre, sans aucun doute. Voyage au bout de la nuit est considéré comme un chef d’œuvre. Son écriture atypique est sa signature : un usage de l’argot omniprésent et la « création » d’une ponctuation sans précédent. Céline détruit cette dernière et la module selon ses envies, le but étant de faire ressentir l’envers des décors qu’il décrit à ses lecteurs. Ceci est un pari réussi : nous ressentons les grondements d’une foule enragée, les bruyants bavardages des consommateurs d’un bar, ou les tremblements d’un bombardement. En plus de nous faire ressentir les émotions des protagonistes, nous ressentons leur environnement. Ce podcast en fait l’éloge.

Ayant grandi dans une famille des plus classiques, Louis-Ferdinand Destouches était particulièrement proche de sa grand-mère Céline Guillou, dont il a emprunté le prénom pour son nom d’écrivain. Destiné dans un premier temps à une carrière commerciale, il s’engagera très jeune dans l’armée (à 18 ans). Une expérience qu’il décrit à travers Voyage au bout de la nuit. Il effectuera des études de médecine, et pratiquera la profession notamment à la clinique de Clichy.

Néanmoins, Céline était un sombre individu. Sa réticence face à la guerre, son désespoir face à la vie… Son antisémitisme affirmé pose continuellement un débat : faut-il, oui ou non, rééditer les pamphlets de Céline ? (Edition actuellement interdite en France). Faut-il continuer de faire étudier les œuvres de Céline ? Les débats sont mitigés. C’est à ces questions que Henri Godard (écrivain de la biographie Céline), Annie Ernaux, Pierre Assouline, Fabrice Lucchini ou encore Anne Simonin vont tenter de nous répondre. Et pour cela, ils nous feront part de leurs divers témoignages de rencontres (par la littérature ou en personne) avec Louis-Ferdinand Céline.

Mon avis sur le podcast

J’ai longtemps été sceptique face aux podcasts littéraires. Mon avis s’est inversé au cours de l’année passée, avec la découverte des podcasts « La Compagnie des auteurs » de France Culture. Ce fut une agréable surprise de découvrir qu’un podcast littéraire sur Céline était sorti !

Je ne cacherais pas qu’il est sans aucun doute un de mes écrivains favoris. Non pour ses propos antisémites, ni pour ses idéologies polygames, mais pour son génie littéraire. Céline, c’est un écrivain qui joue avec la ponctuation, avec les mots, pour créer une langue qui lui appartient. Médecin le jour, il exploitera ses insomnies pour écrire la nuit. Sur les murs, il marquera les phrases qu’ils lui viennent à l’esprit, et viendra les barrer lorsqu’il les aura insérées dans un de ses écrits. C’était un écrivain qui usera d’humour dans ses écrits et qui touchera chacun à l’aide de son langage populaire.

Sa relation avec la mort est particulière :

« J’ai jamais pu abandonner rien… la mort pour moi personnelle, serait une aubaine, je serais bien content, mais la mort des autres me vexe… »

Cite-t-il dans Féérie pour une autre fois, lorsqu’il échoue à soigner un patient lors d’un bombardement. C’est un personnage sombre qui saura néanmoins faire preuve de beaucoup d’empathie. Les intervenants le soulignent à de nombreuses reprises, les conseils qu’il donnait à ses patients étaient toujours emplis de bienveillance.

L’intérêt de ce podcast est que les intervenants proviennent d’horizons très différents. Certains sont juifs, d’autres sont neutres, les derniers sont Céliniens. Ils développent leurs visions conformément à leurs idéologies. Le podcast en ressort neutre vis-à-vis de Céline, chacun peut ainsi se faire sa propre idée du personnage. Céline n’était probablement pas l’homme le plus vertueux, ses propos étaient dérangeants, parfois à la limite du supportable. Mais ses talents d’écrivain sont reconnus par une grande partie des intervenants.

La question de la réédition de certains de ces écrits n’a pas trouvé de réponse dans ce podcast. Certains défendront que c’est une atteinte au respect de la communauté juive. D’autres ne cacheront pas leur volonté de voir les pamphlets réédités par des maisons d’édition, telle La Pléiade, afin de permettre à chacun d’avoir conscience de la folie de ses pensées. Beaucoup défendent que la lecture d’un texte antisémite ne rendra pas le lecteur antisémite. Les avis sont donc particulièrement mitigés sur la question. Ce débat sera probablement sans fin.

Conclusion

Ce podcast destiné à la vie de Céline est très intéressant, pour des personnes intéressées à cet écrivain tout comme pour celles et ceux qui sont réfractaires à ses œuvres. Son parcours est intéressant et ses œuvres sont des classiques de la littérature française. Néanmoins, avoir connaissance de ses bavures, de ses excès lors des fortes périodes antisémites est très importante selon mon avis. Son influence lors de la Seconde Guerre mondiale ne doit pas être ignorée.

Lien : https://www.franceculture.fr/emissions/grandes-traversees-louis-ferdinand-celine-au-fond-de-la-nuit/dans-les-decombres

La Couleur des sentiments, Kathryn Stockett – 2011 – Ed. Babel, 624 p.

La semaine dernière fut une semaine d’absence sur les réseaux sociaux. Je fus débordée, et je dois admettre que mon cerveau bouillait d’idées pour vous présenter ce livre particulièrement connu puisque sorti en film en 2011 : La Couleur des sentiments, de Kathryn Stockett. Le livre, publié en 2009 a fait un tabac et fut vendu à 1 million d’exemplaires en 2009 et 2011 (dépassant ainsi les audiences de J. K. Rolling avec ses ouvrages de la série Harry Potter). Ce roman est un hommage de l’écrivaine à sa nourrice noire qui a marqué à tout jamais sa vie par sa présence et l’amour qu’elle lui a prodigué. Un hommage émouvant, frissonnant, traitant de la dure vie des domestiques noires pendant les périodes de ségrégation raciale aux Etats-Unis.  

Résumé

Dans les années 60, à Jackson, Mississipi. Trois destins se rencontrent et s’unissent.

Aibileen est une domestique noire au sein d’une famille blanche du Mississipi et est chargée d’élever les enfants du foyer. Après avoir perdu son fils unique, également veuve, Aibileen se dévoue entièrement dans son emploi et transmet tout l’amour dont elle dispose à sa petite Mae Mobley dont elle est chargée de s’occuper.

Son amie, Minnie, est également domestique noire et “grande gueule”. Cuisinière hors pair, elle éprouve des difficultés après son renvoi du foyer de Miss Hilly pour la chose Epouvantable qu’elle lui a faite.

Miss Skeeter est une jeune femme blanche qui décide d’effectuer des recherches pour retrouver la domestique de son enfance, Constantine, qui a quitté son foyer pendant son absence, sans lui dire au revoir. Elle se rapproche d’Aibileen qui semble connaître l’histoire de Constantine, et la volonté de rédiger un livre sur les pénibles conditions de vie de ces pauvres domestiques émerge dans son esprit.

Ces trois femmes sont voisines et se retrouvent liées par un projet : réaliser un roman afin de décrire la condition des domestiques noires aux Etats-Unis. Un projet fortement dangereux pour des femmes noires sans défense, qui mettront toute leur force et énergie pour dénoncer les conditions parfois insupportables qu’elles subissent chaque jour.

Mon avis sur l’oeuvre

Ce livre exploite une narration qui peut déstabiliser dans un premier temps. En effet les chapitres sont associés à un des trois personnages décrits dans le résumé. Nous prenons donc l’esprit, la pensée de chacune d’entre elles. Il est difficile de ne pas s’y perdre car les personnages principaux mais également secondaires sont nombreux et se bousculent. Nous oublions vite qui est le domestique de quelle famille, qui a fait quoi…

Néanmoins, une fois que notre esprit s’y retrouve et plonge dans l’histoire, il est difficile de s’en passer. Nous ne pouvons que comprendre l’ampleur du succès de cet ouvrage. Nombreux sont ceux qui traitent du problème de la ségrégation raciale aux Etats-Unis (nous pourrions citer Black Boy de Richard Wright). Mais peu nombreux sont ceux qui traitent de la ségrégation subie par les femmes noires. Ces dernières deviennent domestiques et sont soumises aux règles et ordres des familles qui les embauchent. Les violences, tant physiques que morales, sont nombreuses et sont intéressantes à traiter (même si le livre n’aboutit peut-être pas suffisamment sur cet aspect).

Le point très intéressant de cet ouvrage est que la relation de la domestique avec ses “employeurs” est décrite à la fois positivement et négativement. L’amour porté entre Mae Mobley et Aibileen est terriblement émouvant. L’innocence de l’enfant lui permet d’ouvrir son cœur à sa “Aibi” et l’amour est fort. Le combat d’Aibileen est de protéger cet enfant et lui inculquer au mieux la valeur suivante : quelle que soit notre couleur de peau, nous sommes tous des êtres humains. Nous frémissons à l’idée que cette relation puisse un jour être détruite par les règles et usages dans lesquels les enfants vont se développer.

Minnie est également un personnage très attachant. La colère qu’elle porte en elle est très touchante, émouvante. Nous comprenons bien pourquoi. Les injustices subies et décrites dans l’ouvrage nous font frémir à ses côtés. Sa situation est délicate : elle sait qu’elle en dit trop, mais n’arrive pas à se retenir. C’est ainsi qu’apparaît son moyen de défense. Cette femme, d’apparence si forte et effrayante, nous apparaît rapidement frêle et soumise face à son mari alcoolique qui la mate sans difficulté. La Minnie “grande gueule” devient rapidement la Minnie effrayée. Cette courageuse femme porte en elle le fardeau d’être une femme, d’être noire, et d’être battue. En plus d’un milieu de travail qui ne lui permet sûrement pas de s’épanouir, son environnement personnel est tout aussi catastrophique. L’arrivée d’une Miss Celia riche et fortement superficielle nous permet de souffler un peu, car Minnie finira par être respectée dans son nouveau foyer.

Miss Skeeter, c’est “La Blanche” qui prend la défense des “Noirs”. Elle veut être écrivaine mais n’arrive pas à trouver un sujet qui fasse parler et qui puisse attirer l’attention sur son travail. Jusqu’au moment où, pensant à retrouver Constantine, l’idée d’écrire un livre sur la condition des domestiques pendant la ségrégation raciale aux Etats-Unis apparaît. Elle se battra et essaiera de réunir le plus de témoignages. La peur des femmes “Noirs”, qui pouvaient être envoyées facilement en prison pour des pseudo vols sans preuves, est forte. La peur est plus que ça, c’est de la terreur. Mais Miss Skeeter leur inspirera confiance et les maternera. Elle perdra beaucoup pour cette cause : ses amies, son amoureux, sa vie sociale. Mais elle gagnera également quelque chose qui n’est pas quantifiable : le respect des domestiques de sa commune. La beauté de cette relation qui se crée entre elle est touchante, émouvante, rassurante.

Conclusion

Kathryn Stockett a rédigé cet ouvrage notamment en hommage à sa bonne qui lui a porté beaucoup d’amour dans son enfance, et que l’on pense à associer à Aibileen. Cet hommage émouvant nous prend par les tripes. L’amour qu’elle porte pour cette femme est fortement ressenti et on ne peut qu’envier une relation aussi intense qu’elle a eu la chance de tisser au fil de son enfance.

Ce livre est émouvant, difficile à lire sur certains passages, mais également rassurant, doux. C’est un sujet très intéressant que l’écrivaine a développé sans prétention, et le pari est réussi. Elle explique à la fin de son livre qu’elle a peur d’en avoir trop dit, mais également pas assez. Je pense que nous pouvons simplement lui dire merci, car ce qu’il fallait dire a été dit.

Merde actually, Stephen Clarke – 2005 – Ed. Black Swan, 448 p.

Mais que pensent donc les patriotes anglais lorsqu’ils rencontrent les citoyens français ? C’est ce que Stephen Clarke nous développe dans Merde Actually. Tome 2 d’une série de romans sur les habitudes des français, Stephen Clarke met en exergue avec beaucoup d’humour les traditions françaises qui ne sont pas toujours très bien interprétées par les étrangers…

Résumé

Paul, prononcé Pol par les français, est un citoyen anglais qui décide de s’installer à Paris où il souhaite ouvrir son salon de thé. Accompagné de sa petite-amie française, Florence, il atterrit en Corrèze afin de rencontrer sa belle-famille. Mais ce premier contact ne se déroule pas comme prévu. De nombreuses « merdes » s’acharnent sur lui, des difficultés qu’il va avoir du mal à maîtriser dans un pays où les us et coutumes ne sont pas toujours cohérentes dans un contexte de choc des cultures.

Mon avis sur l’œuvre

Le roman de Stephen Clarke est très drôle. Vraiment. Nous nous apercevons comment nos habitudes, nos traditions peuvent être perçues par des personnes complètement étrangères à notre culture, et c’est parfois hilarant. Même les moins symboliques de nos usages peuvent être source de moqueries. C’est très intéressant de visualiser les difficultés qui peuvent être rencontrées par des personnes étrangères dans notre pays.

J’ai beaucoup apprécié la mise en avant de nos traditions. A les vivre tous les jours, nous ne les remarquons plus. Et pourtant, elles semblent loufoques à nos touristes ! Et nous nous rendons compte, dans ce livre, qu’il y a de quoi.

Les différentes étapes vécues par Paul n’ont pas de grande profondeur, ce livre ne traite de sentiments essentiels et ne nous enrichit pas de connaissances. C’est plutôt un livre « feel good » qui est agréable à lire, drôle, et qui nous permet d’observer, par un avis extérieur, le ressenti que les touristes peuvent avoir sur nos comportements. Après cela, nous ne pouvons que nous remettre en question !

Paul est un personnage attachant, même si son attitude est assez décevante. A première vue, nous observons un homme avec beaucoup d’attention, de respect pour Florence. Et au fil de l’histoire, nous découvrons un personnage infidèle, qui a trompé son ancienne compagne et qui va céder en retournant auprès de cette dernière lorsque son histoire avec Florence sera en train de péricliter. Ce développement n’est pas assez (à mon goût) exposé comme une erreur de sa part, comme quelque chose de négatif. Nous en venons à penser que, pour l’auteur, cette infidélité n’était qu’une passade sans importance. Ceci m’a déçue, j’aurais aimé percevoir en Paul un homme qui fait face aux épreuves et qui agit avec plus de respect et de maturité vis-à-vis des femmes qui vont l’entourer.

Néanmoins, l’œuvre ne porte pas en grande partie sur ces passages. Ces histoires ne permettent à l’auteur qu’à mettre en avant les différentes formulations, attitudes des français qui méritent attention. Sur cet aspect, l’auteur est très descriptif et dispose d’une grande imagination pour percevoir autant de nos traditions qui portent à moquerie. Son pari est réussi, le livre est plein d’humour et l’histoire est loin de nous ennuyer.

Conclusion

Pour ma part, je conseille fortement de lire cet ouvrage en VO car je ne pense pas que la traduction française puisse développer aussi précisément les différentes moqueries de l’auteur. Le vocabulaire est plus ou moins accessible, je n’ai pas eu de difficultés particulières à le comprendre. Pour les personnes qui ont l’habitude de regarder des séries en anglais et qui apprécient de lire dans cette langue, c’est parfait. C’est un très bon ouvrage qui pourra vous accompagner dans vos valises d’été : de l’humour et une fin plutôt « happy ending » ! Tout ce qu’il faut pour un bon moment de détente.

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand – 2013 – Ed. Pocket, 187 p.

Le premier roman d’Agnès Martin-Lugand, Les gens heureux lisent et boivent du café, a permis à cette dernière de se faire une place dans les écrivain(e)s à succès de notre époque. Son histoire fut adaptée en BD en janvier dernier (par Véronique Grisseaux, aux éditions Michel Lafond). Cette femme issue de la ville de Saint-Malo ne cesse de nous étonner. 

Résumé 

A la suite d’un accident tragique, Diane perd son mari et sa fille. Seule, accompagnée de son meilleur ami Félix, elle poursuit douloureusement le chemin de sa vie. « Les gens heureux lisent et boivent du café », c’est le café qu’elle possède et dans lequel elle travaille. Mais poussée par une dépression qui l’assaille, elle décide de partir à la rencontre du pays qu’elle a toujours souhaité visiter : l’Irlande. Elle s’exile, du jour au lendemain, seule, dans ce pays froid et pluvieux, laissant son café à la direction de Félix.

Mon avis sur le livre

Les gens heureux a su faire ses preuves. Et on comprend pourquoi. Je ne vanterais pas une écriture fabuleuse. Agnès Martin-Lugand nous captive, non grâce à son écriture, mais à l’aide de phrases courtes emplies d’émotions. Le roman est court, l’histoire est simple. Rarement attirée par ce type de roman, j’admets avoir lu Les gens heureux rapidement. J’ai longtemps fait la guerre à ces histoires que je considérais comme « simplistes ». Je pense que j’avais tort (pour certaines d’entre elles, tout du moins).

C’est un sujet douloureux qui est abordé, et il n’est pas assommant de tristesse. Agnès ne développe pas les sentiments dépressifs de Diane à tel point que nous pourrions réellement les ressentir. Nous nous situons plus simplement dans la période où l’héroïne retrouve petit à petit sa vie. Nous observons un combat difficile, la reconstruction d’une vie déchirée. C’est émouvant, et c’est un message fort qu’elle souhaite nous adresser.

J’admets avoir trouvé assez cliché l’image d’Edward, l’homme mystérieux avec qui elle se liera en Angleterre (d’amitié ou plus, à vous de le découvrir en lisant le livre 😉). Pourtant, son existence n’est pas tant gênante. Nous apprécions son côté réservé, ténébreux, protecteur, insolent.

Je regrette que le livre ait été aussi court. Il se passe beaucoup d’épreuves dans cette histoire, et je pense que certaines auraient pu être plus approfondies. Néanmoins, c’est cet aspect rédactionnel qui fait le charme de l’écrivaine et qui lui a permis un tel succès. D’ailleurs, pour donner suite à l’engouement observé, Agnès Martin-Lugand a rédigé un second tome sur les histoires de Diane : La vie est facile, ne t’inquiète pas (en voici des romans qui possèdent toujours un ton poétique !).

Conclusion

Je conseille fortement l’écriture d’Agnès Martin-Lugand pour ceux qui aiment « tout » type de lecture. Même si, moi qui apprécie particulièrement les classiques de la littérature, j’ai été charmée par ses histoires (et de ce fait, ai lu nombreux de ses romans). Je pense qu’elle peut apporter bien des surprises à celles et ceux qui acceptent de se laisser porter sans se laisser influencer par des attentes trop importantes.

Camille, mon envolée, Sophie Daull – 2015 – Ed. Le Livre de Poche, 189 p.

Sophie Daull est comédienne, Camille, Mon Envolée est son premier roman. A travers cet ouvrage, elle retrace une des plus grandes tragédies de son existence : la mort de sa fille, Camille.

Résumé

Après quatre terribles jours de fièvre, Camille, 16 ans, décède. Quatre jours pendant lesquels elle s’est battue. Après avoir contacté les urgences à plusieurs reprises, le diagnostic reste le même : ça n’est rien, ce doit être une grippe, il faut prendre du doliprane et ça passera. Ca ne passe pas. Ce 23 décembre 2013, le coeur de Camille ne tient plus le coup et s’arrête. Sophie Daull perd sa fille. Ecrire pour ne pas oublier. Voici le récit d’une femme endeuillée.

Mon avis sur le livre

Je ne peux mentir en n’avouant pas que ce livre m’a imposée énormément de douleur. « Mon petit chat », « chaton », « mon chat », « ma disparue ». Nous y sommes, dans le cœur déchiré de cette pauvre femme qui a perdu une part de sa vie. Le désarroi de Sophie Daull qui a tenté à tout prix de sauver sa fille, qui a recontacté les urgences à de multiples reprises. Une erreur de diagnostic, une douleur a laquelle les professionnels ne croient pas, et puis un cœur qui s’arrête.

Lorsque j’ai entamé ce livre, je connaissais (bien évidemment) la fin. J’étais préparée à lire cet ouvrage non des plus joyeux. Et pourtant les larmes ne cessaient de couler. Que c’est dur, cette réalité qui fait mal, qui fait peur. Je pense que ce dernier aspect est le plus difficile à accepter. Cette pauvre enfant a disparu en quatre jours, sous une maladie qui ressemblait à une grippe corsée. Notre corps peut cacher des secrets bien sombres.

L’écriture de Sophie Daull ne peut que retranscrire avec beaucoup de simplicité sa douleur. Ce livre, cette lettre d’adieu à son enfant disparu, a été rédigé dans le vif de la douleur. A travers plusieurs flash-backs nous vivons les derniers jours de Camille mais également les quelques mois qui suivront durant lesquels Sophie Daull explique à sa fille comment elle se traîne, comme les jours se ressemblent et sont douloureux. Petit à petit, nous sentons qu’elle se prépare à dire au revoir.

Chaque page, chaque mot est douloureux. Mais c’est un beau livre, un bel exemple de courage face à un deuil qui paraît insurmontable.

Conclusion

Cet ouvrage est le récit courageux d’une femme qui a perdu son enfant. Je ne conseillerais pas aux larmes de crocodile de le lire dans un lieu public. Ce livre est douloureux, mais il est intéressant à « vivre ».

Marie-Antoinette, Stefan Zweig – 1933 – Ed. Le Livre de Poche, 494 p.

Stefan Sweig nous retrace les aventures de Marie-Antoinette d’Autriche à travers cette riche biographie. Cette femme, méconnue de nombreux d’entre-nous, fut la femme de Louis XVI. Elle effectuera son règne avec (un peu trop) de légèreté et de négligence, et fera face à la Révolution Française qui conclura la fin de sa souveraineté.

Résumé

Marie-Antoinette fut reine de France, épouse de Louis XVI. Elle sera décrite comme une femme légère, frivole, méprisante et attiré par les beaux bijoux. La négligence qu’elle portera auprès du peuple français, au détriment des soirées mondaines, poussera ce dernier à se retourner contre la couronne et enflammera les braises d’une Révolution naissante. L’affaire du collier annoncera le début d’une forte colère envers la reine de France. Marie-Antoinette sera victime d’une arnaque digne d’un roman. Une supercherie qui la fera accuser d’utiliser les richesses du peuple pour acheter un bijou de forte valeur. Ainsi se développera la grande Révolution Française.

Mon avis sur l’œuvre

Stefan Zweig est un grand écrivain et historien, connu notamment pour ses biographies. Cet œuvre est la première que je lis de cet auteur, et ce n’est sûrement pas le dernier ! Sweig nous plonge dans une histoire poignante (qui est, tout de même, l’histoire de notre pays) et arrive à nous faire vivre la Révolution Française comme si nous y étions. Malgré le bien fondé non négociable de la Révolution, nous en venons à avoir de la peine pour ce pauvre roi obèse et fainéant, et pour cette reine désarmée face à un tel rejet de son peuple.

Il est intéressant de vivre l’histoire sous l’aspect « royal » et d’essayer de comprendre, malgré tout, la situation des rejetés du peuple. Chaque lettre (peu nombreuses, puisque Marie-Antoinette avait trop peu de patience pour se poser afin d’en rédiger) est intense. La reine de France les a écrites ! Personnellement, j’en avais des frissons.

L’amour interdit que vivra Marie-Antoinette avec Hans Axel de Fersen est intense. Nous y percevons tant de loyauté, ce fut très émouvant et à la fois difficile. Cette femme, qui subit une incompatibilité face à son mari depuis le début de leur histoire, se retrouve infidèle. Nous ne pouvons qu’avoir de la peine pour Louis XVI qui observe passivement cette histoire d’amour face à laquelle il ne peut rien faire.

La traduction de Alzir Hella (traducteur également de A l’Ouest rien de nouveau) est très agréable, douce et riche.

Conclusion

Ce livre est considéré comme un « chefs-d’œuvre » de la biographie classique, que je pense être un incontournable. Je le conseille très vivement à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de France, ou également à ceux qui, comme moi, disposent d’honteuses lacunes dans ce domaine… Ou bien même à tout lecteur curieux 😊.

Bienvenue sur le blog du Tour du Monde en 80 Livres !

Ca y est, après un an d’échanges sur Instagram, Le Tour du Monde ouvre son blog. Je suis complètement excitée !

Présentation

Je m’appelle Salomé, j’ai 23 ans et je vis en région parisienne. Je lis tous les jours depuis une dizaine d’années. Rares sont les journées qui se terminent sans que je n’ouvre mon livre. Ma lecture m’accompagne à chaque déplacement et m’aide à m’évader. Pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai débuté l’aventure des réseaux sociaux littéraires en mai 2018 lorsque j’ai créé mon compte Instagram Le Tour du Monde en 80 Livres pour lequel j’ai été accompagnée par une amie. Aujourd’hui j’ai décidé d’étendre Le Tour du Monde, notamment pour supprimer l’atroce contrainte du nombre de mots d’Instagram…  

Mon lien à la lecture

Lire nous permet de nous imprégner de toutes les histoires que les écrivains nous racontent depuis la nuit des temps. Les histoires m’ont aidée à relativiser dans des moments de difficultés, mais surtout à apprendre les sentiments. L’analyse des ressentis me passionne, il est si essentiel de savoir ce que nous ressentons et pourquoi, mais également ce que ressent notre entourage. Lire permet de comprendre la vie sous différents aspects, ou du moins essayer. Je considère cela comme un outil nécessaire au développement personnel (en addition bien sûr à une passion qui n’a cessé de me donner des raisons de me lever et d’apprécier (j’ai bien dit apprécier, ce qui représente presque une bonne pub pour la SNCF) les transports en communs).

Grâce à eux, nous pouvons devenir ce que nous voulons : Sculpteur, agent secret, reine de France, femme de la bourgeoisie, Président de la République, policier. Nous pouvons être heureux, malheureux, tristes, désemparés, émus, irrités, apeurés, épanouis. Nous pouvons être femme, enfant, homme, avoir 10, 20 ou 60 ans si nous le souhaitons. Nous ne remercierons jamais assez Maurice Druon de nous avoir transportés dans l’histoire de France avec tant de frénésie, ni Ken Follett de nous avoir passionnés sur les procédés de construction d’une cathédrale, Anne Delbée de nous avoir conté l’histoire d’une des plus grandes sculptrices du XIXème siècle, Emile Zola de nous avoir emportés dans les épreuves toutes plus farfelues les unes que les autres des Rougon-Macquart. Mais encore Simone de Beauvoir d’avoir milité pour les femmes à travers son Deuxième Sexe, ou Simone Veil de nous avoir inspirés à travers son autobiographie. Je ne pourrais m’arrêter si je ne me forçais pas. Et pourtant, toutes ces connaissances dont nous nous nourrissons ne représentent qu’une infime partie des œuvres qui constituent notre planète. Une vie est trop courte pour lire tout ce que nous souhaiterions connaître.

Le partage des lectures, des découvertes, nous permet de connaître des avis sur des thèmes que nous n’aurions peut-être pas sélectionnés. Je souhaite à travers ce blog à vous faire découvrir les lectures qui m’accompagnent. J’espère de tout cœur que ceci vous plaira. Et surtout, n’hésitez pas à me donner vos feedbacks.

Bon voyage au sein du Tour du Monde en 80 Livres.

– Salomé.