J’ai toujours cette musique dans la tête, Agnès Martin-Lugand – 2017 – Ed. Pocket, 384 p.

J’apprécie beaucoup les romans d’Agnès Martin-Lugand. Des romans simples, qui traitent de sujets de la vie de tous les jours et qui retranscrivent bien, selon moi, la génération actuelle. J’ai toujours cette musique dans la tête est un roman intéressant qui aborde le lourd sujet de la manipulation. Une histoire très intéressante qui a su me tenir en haleine pendant tout son récit.  

Résumé de l’œuvre 

Véra et Yanis mènent une vie tranquille, parfaite, avec leurs trois enfants. Yanis ne cache pas ses ambitions. Non diplômé, travaillant pour le frère de Véra, il rêve de plus grand. Ce couple parfait n’est pas au bout de ses surprises. L’arrivée de Tristan dans leur vie va chambouler leur équilibre et les entraîner dans une sacrée descente aux enfers.  

Mon avis sur l’œuvre 

Nous ressentons assez rapidement le côté d’analyse de la psychologue qu’est l’écrivaine. Nous sommes entraînés dans une ambiance glaciale et malaisante. Les envies de Yanis le poussent à se mettre à son compte. Un beau projet que Véra va encourager. Il faut dire que leur petit couple fait rêver, c’est un amour inconditionnel qu’ils semblent partager. Nous n’avons donc aucun doute sur la fidélité de Véra pour encourager son mari à réussir son projet.  

C’est ici que Tristan entre en jeu. Divorcé, père de deux filles. Un homme seul et d’aspect un peu hautain, nous sentons dès le début que Véra s’en méfie. Et il y a de quoi : ce jeune inconnu se propose (bien trop généreusement) à devenir caution de l’entreprise de Yanis. Mais quelle idée ! Quel lecteur peut imaginer une seule seconde que ceci soit une bonne idée ? Son premier objectif est atteint lorsqu’il arrive à rendre les personnages vulnérables. Pour cela, rien de plus simple que de les isoler. Véra et Tristan se disputent sévèrement avec Luc (le frère de Véra et meilleur ami de Yanis) et Charlotte (la meilleure amie de Véra). Et ce Tristan s’installe, doucement. Sous ses allures d’homme toujours impeccable, il s’immisce dans la vie personnelle de Yanis et cherche à y gagner une place. Voire à en devenir le personnage principal. 

Quelle erreur que d’avoir fait confiance à cet homme… La relation de Yanis et Véra se dégrade rapidement et ils finissent par se séparer. Tristan réussit sa mission et sème le trouble dans leur relation. La confiance n’y règne plus, la communication ne passe qu’à travers ce que Tristan accepte de raconter à l’un et à l’autre (car il deviendra, bien évidemment, l’intermédiaire entre les deux protagonistes). Nous, lecteur, nous voudrions juste hurler, les prévenir du mal qui s’approche d’eux. Car dès le début, cet homme est louche.  

Je trouve que l’aspect psychologique de Tristan a bien été développé, et c’était assez agréable de terminer sur la fin que l’écrivaine a choisi. Bien sûr, venant de Lugand, je ne m’attendais pas à une fin malheureuse ! Mais l’histoire n’a pas manqué de rebondissements. Malgré le fait que certains lecteurs se sont plaints de la relation idyllique menée dans un premier temps par Véra et Yanis, je n’ai pas été particulièrement dérangée. Je ne doute pas en la possibilité d’un couple qui, après avoir atteint maturité, puisse être aussi fusionnel. Je n’ai eu aucun problème à me projeter dans la vie des personnages ! 

J’apprécie Lugand car elle introduit toujours dans ses romans des analyses psychologiques de ses personnages. Cet aspect permet de rentrer plus facilement dans l’histoire et de s’identifier à chacun d’entre eux. Je me suis souvenue de ma dernière rencontre avec l’écrivaine, lors d’une séance de dédicaces dans Paris. Elle nous avait dit qu’elle vivait ses personnages et que leur dire “au revoir” était toujours triste et difficile. Eh bien, je suis un peu triste de dire adieu à Véra et Yanis.  

Conclusion 

J’ai beaucoup aimé ce livre d’Agnès Martin-Lugand (comme tous, d’ailleurs…). Ses histoires happy ending font du bien ! Pourtant, Dieu sait que je suis exigeante sur les livres trop récents et un peu commerciaux. Mais Lugand, j’adore ! Je le conseille vivement. 

Bonne lecture 😊  

Roissy, Tiffany Tavernier – 2019 – Ed. Points, 227 p.

Ça y est, le Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points 2020 est officiellement ouvert ! Et voici le premier titre que nous avons reçu : Roissy, de Tiffany Tavernier. Inconnu au bataillon pour ma part, ce livre est un recueil d’humanité. Fille de la scénariste Colo Tavernier et du réalisateur Bertrand Tavernier, elle se lance en tant qu’écrivain avec la sortie de son premier roman en 1999 Dans la nuit aussi le ciel. Vingt années plus tard, voici la sortie de Roissy (édité dans un premier temps par Sabine Wespieser Editeur en 2018).

Résumé

Cela fait huit mois qu’elle a perdu ses souvenirs. Elle ne sait plus qui elle est, ni quelle est son histoire. Elle erre dans Roissy, en cherchant à se faire passer pour une voyageuse. Elle tire derrière elle sa valise et vole pour se nourrir. Les toilettes lui permettent de se laver et de paraître toujours propre. Elle refuse d’être catégorisée de SDF et refuse de se joindre à ces derniers qui ont également fait de Roissy leur « domicile ». Qui est-elle ? Pourquoi se retrouve-t-elle ici sans souvenirs ?

Mon avis sur l’œuvre

J’ai été très sceptique lorsque j’ai ouvert mon colis des Editions Points que j’attendais avec impatience. Roissy, jamais entendu parler. Tiffany Tavernier, non plus. Bon c’est une découverte alors. Et puis j’ai lu le résumé. Le livre n’est pas bien épais, les chapitres sont courts. Le livre se lira donc très vite. Le sujet semble intéressant et plein de suspens.

Le thème abordé est important et fort. En plus de l’esprit de l’être sans abri, nous accompagnons cette femme qui est amnésique. L’histoire qui se cache derrière doit être intéressante ! J’ai trouvé que ce n’était pas assez approfondi… Il y a beaucoup de pages où le personnage principal discute avec des passagers sur leurs destinations. Elle ment, s’imagine une autre vie et se fait passer pour une voyageuse également. J’admets avoir eu du mal à avec ces passages… Ce qui m’intéressait, c’était l’histoire de cette femme, et non ses diverses divagations.

Alors évidemment, je comprends bien que ces passages sont faits pour nous mettre dans l’esprit du personnage principal (son histoire nous est racontée à la première personne). Soit. Je me suis donc armée de patience.

Et puis, nous découvrons petit à petit le passé de cette femme, le(s) drame(s) de sa vie qui ont entraîné son amnésie. Nous rencontrons son ami Vlad, également sans abri, qui tombera malade (ce qui bouleversera les sentiments du personnage principal). Nous ressentons le désarroi des personnages qui cherchent un lieu pour dormir, après que leur squat ait été brûlé. Cette pauvreté fait mal, nous prend aux tripes. Nous ressentons presque tout ceci comme une histoire d’aventure, assez irréelle. Mais non, c’est la vie de certains humains pour qui cette dernière n’a pas aussi bien tourné. C’est un poignant récit d’humanité que nous découvrons.

Je regrette malgré tout la fin. Je ne suis pas très sympathisante des “petits” livres, je suis très exigeante lorsqu’apparaît un sentiment de “livre bâclé”. C’est un peu ce que j’ai ressenti. Certes, l’histoire m’a touchée et à la fin, je souhaitais à tout prix connaître le dénouement du récit (c’est qu’elle m’avait tout de même un peu captivée !). Mais l’histoire de sa vie, justifiant son amnésie, a été bien trop rapide. Les drames sont passés au second plan, trop brièvement alors qu’ils représentaient le centre de l’histoire. Alors que nous ne nous y attendons pas, pouf la vérité nous tombe dessus et levé de rideaux. C’est dommage… J’aurais aimé en apprendre plus, aller au bout du bout. J’aurais aimé frémir, avoir peur et ressentir le malaise du personnage principal. Mais non. Peut-être n’ai-je pas été assez réceptive à l’écriture de Tiffany Tavernier.

Conclusion

Ce livre est assez court et c’est dommage. Le thème traité est important et n’est pas pris à la légère. Deux aspects sont essentiels : la femme est amnésique et est sans abri. Il est difficile de savoir sur quel point le livre doit être centré, les deux sont importants. Sa vie en tant que SDF est bien abordée mais son traumatisme est selon moi légèrement bâclée et je le regrette.

Ce livre est le premier de la sélection du Prix du Meilleur Roman des Lecteurs Points 2020. Je suis impatiente de recevoir le prochain !

La petite femelle, Philippe Jaenada – 2015 – Ed. Points, 724 p.

C’est un ultra coup de cœur que j’ai eu pour La petite femelle. Philippe Jaenada a su se démarquer depuis quelques années avec sa narration assez particulière : il intègre dans son roman des pensées, des apartés sur sa vie privée, qui m’ont fait pouffer de rire. Pourtant, l’histoire est loin de conter une comédie. Jaenada revient sur un fait divers qui a fait beaucoup de bruit en France en 1953 : l’affaire Pauline Dubuisson. Cette jeune femme, alors âgée d’une vingtaine d’années, est accusée du meurtre de son amant. Retour sur le destin tragique d’une femme qui n’a pas été épargnée par la vie.

Résumé

17 mars 1951. Comme convenu avec Félix Bailly, Bernard Mougeot sonne à l’appartement de son ami. Aucune réponse. Après avoir récupéré les clefs de l’appartement chez la gardienne, il retrouve Félix écroulé au sol sur une large flaque de sang. A quelques mètres de là, suivant une odeur de gaz, il retrouve Pauline Dubuisson allongée au sol et asphyxiée. Que s’est-il passé en cette tragique matinée de 1951 ? Pourquoi Pauline Dubuisson a-t-elle été jusqu’à tuer son amant ? Elle n’a pas eu une vie facile, Pauline. En retraçant le parcours de cette jeune femme, Jaenada va tenter de rétablir la vérité.

Mon avis sur l’oeuvre

Pour l’instant, je vais donner la mienne, qui ne s’appuie pas que sur les déclarations sujettes à caution de Pauline (elle n’a pas dit grand chose, de toute manière), mais sur des trucs de poètes rêveurs comme le rapport d’autopsie ou la balistique, de petites choses évidentes et concrètes qui auraient dû sauter aux yeux de quiconque en a deux, mais que les artistes officiels de la Société Bien Protégée, dans leurs belles robes de scène rouges ou noires, ont habilement dissimulées sous leurs foulards soyeux et colorés de magiciens.

Voici les termes de Jaenada juste avant de nous expliquer ce qui, selon lui, s’est passé le jour du meurtre. Sa rage est bien portée : les preuves sont nombreuses mais mises de côté. L’évidence de certains faits nous saute aux yeux et pourtant, les juges décideront de ne pas revenir dessus. Car en effet, cette histoire a fait beaucoup de bruit, la foule est enragée suite à cet assassinat et souhaite « la peau » de Pauline Dubuisson. C’est une bataille acharnée face à un procès pour lequel la sanction est presque déjà déterminée qui se joue.

Le destin tragique de Pauline Dubuisson est assez tumultueux. Elle a grandi à Dunkerque sous la Seconde Guerre mondiale. Élevée par un père assez détraqué (il faut le dire), elle grandira dans un foyer où elle apprendra à toujours garder la tête haute, le sang froid, ne pas faire preuve de trop de sentimentalisme. Elle ne connaîtra pas beaucoup l’amour, peut-être plus un sentiment de fascination qu’elle développera pour son père. Sa mère est dépressive, notamment suite au décès de l’un de ses fils pendant la guerre. Elle fait parte des « faibles ». Pauline, elle, ne montrera pas ses sentiments mais sera bien évidemment peinée par ce deuil. Pleurer, c’est pour les faibles. Elle ne pleurera donc pas.

Lorsque Dunkerque est envahi par les Allemands, après une interminable période de bombardements, le père de Pauline, André, travaillera pour ces derniers. Pour se protéger ? Fort probablement. Il capitule donc, et sympathise avec l’ennemi. Pauline n’aura d’autre choix que de faire de même. Et c’est ici qu’elle se détraque à son tour. Elle prend rapidement son indépendance et commencera à avoir des relations sexuelles avec un Allemand à l’âge de 14 ans (aïe).

Ce sera plusieurs années après que se déroule le drame. Mais le passé de Pauline est capital pour comprendre sa psychologie, d’où elle vient. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer une telle enfance, adolescence. Lorsqu’elle rencontre Félix, elle est encore une jeune femme renfermée, dont le cœur ne s’ouvre que peu. L’amour, elle ne connaît pas. C’est pourquoi, après quelques années de couple avec Félix, elle le jette. Salement, il faut le dire. Mais on peut comprendre un peu quand même, elle n’arrive pas à aimer. Le coup fatal, c’est qu’elle se rend compte (trop tard) que ce qu’elle ressentait pour lui était de l’amour et que sa vie sans lui n’a pas de sens. Elle va tout mettre en oeuvre pour le récupérer, mais celui-ci est déjà fiancé. Sa fiancée, c’est tout ce que Pauline n’est pas et est adorée par tous les proches de Félix. Le défi s’annonce difficile, et pour cause.

Je ne vais pas développer toute l’histoire, il faut lire l’oeuvre de Philippe Jaenada pour comprendre l’importance du récit. Un hommage à une jeune femme qui a perdu toute dignité, qui n’a pas eu droit à un procès équitable, humiliée, injuriée, incomprise, détestée. Une femme qui a été poussée, par le peuple, à une sentence injuste. J’ai de la peine pour elle, pour les erreurs qu’elle a faites mais également pour la souffrance qu’elle a dû ressentir toute sa vie. Les systèmes de protection qu’elle a mis en oeuvre toute son existence pour se protéger, simplement parce que le seul exemple de l’adulte qu’elle avait était celle de son père (une image donc faussée par un homme assez détraqué, je le répète). Ce dernier lui ayant dit, tout de même, que si on échoue, le suicide est une solution viable. Super, le père.

J’ai adoré cette oeuvre pour deux raisons principales :

  • Philippe Jaenada est un très, très (très) bon conteur. Les recherches qu’il a sûrement faites pour achever son oeuvre ont probablement été très longues, particulièrement complexes. Nous sentons qu’il aurait presque pu se transformer en Pauline Dubuisson, tentant tant bien que mal à défendre son honneur. Et puis, ses apartés sont excellentes. Peut-être qu’elles ne sont pas au goût de tous, car elles peuvent être assez déstabilisantes (nous sommes ravis d’apprendre que sa femme, au début de leur relation, l’a trompé avec son ex et a ensuite rejoint Jaenada avec du sperme entre les seins !). Mais elles m’ont parfois fait tellement rire, que je les adore.
  • Cette histoire est en partie atroce. Les failles de la justice peuvent être si vicieuses. C’est comme si le jugement avait été fait sous le prétexte du « oui, non mais je n’aime pas trop sa couleur de cheveux donc hop, perpét ». Non ! La justice ne devrait pas être ça, elle ne devrait pas se former sur des préjugés. Bon, c’est une erreur, sûrement, ce n’est pas toujours comme ça, peut-être encore moins aujourd’hui. Mais en tout cas, nous frémissons avec Pauline. Certes, Jaenada ne part pas DU TOUT de manière impartiale, il s’est fait son idée et veut clamer une part d’innocence dans tous les propos atroces qui ont été inventés au sujet de Pauline. Mais il m’a convaincue.

Conclusion

Ceci était mon premier roman de Jaenada. Eh bien, j’en reste probablement marquée à vie. Ce livre m’a fait vivre dans la souffrance de Pauline Dubuisson, dont le destin tragique m’émeut profondément. L’histoire n’est pas des plus joyeuses (et est une histoire vraie, ce qui rend le récit plus intense encore). Mais j’ai adoré, et je ne peux que le conseiller !

L’Ancre des rêves, Gaëlle Nohant – 2017 – Ed. Le Livre de Poche, 331 p.

J’avais été extrêmement captivée par le roman La Part des flammes que Gaëlle Nohant paru en 2016 dans l’édition Le Livre de Poche. À la suite de la grande émotion que j’avais ressenti, j’ai sauté sur l’occasion d’acheter son premier roman : L’Ancre des rêves. Gaëlle Nohant éditera ce premier récit en 2007, soit neuf ans avant son second roman. Il fut très intéressant d’observer l’évolution de son écriture (même si, de ce fait, je l’ai réalisé dans le sens inverse puisque j’avais débuté avec son second ouvrage :D).

Résumé

Guérindel est catégorique : ses enfants ne s’approcheront pas de la mer. Ils n’ont donc jamais côtoyé les douceurs d’une vague le long de leurs chevilles, la sensation d’être transportés par le courant, le froid de la mer qui saisit leurs corps chauds. Elle ne souhaite pas que la malédiction qui touche sa famille depuis plus d’une décennie se perpétue à travers eux. De ce fait, ses enfants Benoît, Lunaire et Guinoux sont victimes de nombreux cauchemars tous liés à cet océan interdit. Comment les surmonter ? Identiques chaque nuit, comment peuvent-ils ainsi se répéter ? Comment les faire cesser ? C’est ce que Lunaire va tenter de découvrir en essayant de retrouver la trace d’un des hommes qui hantent ses nuits.

Mon avis sur l’œuvre

L’Ancre des rêves traite d’un sujet qui m’est cher : les cauchemars, la peur du sommeil. Peut-être en attendais-je un peu trop ? J’ai été (légèrement) déçue. Je ne pensais pas que l’on se retrouverait dans une histoire où le fil qui sépare le réel de l’imaginaire puisse être dépassé. Sur un fond complètement classique, nous retrouvons cette famille bretonne qui vit sa vie au large de la mer. Jusqu’ici rien de troublant. Mais c’est lorsque l’analyse des cauchemars des enfants débute (notamment celui de Lunaire, qui partira à la recherche des marins qui y apparaissent) que l’irréel s’installe.

Attention spoiler : Je ne sais pas si c’est une volonté de croire que les morts puissent contacter les vivants dans la « vraie vie » (un débat sur lequel je ne me lance pas). Mais les protagonistes des rêves de Lunaire sont en réalité, en partie, ses ancêtres (ce que l’on découvrira bien plus tard). Ces derniers se chargent d’apprendre à Lunaire la vérité sur ses ancêtres et sur les drames qui les ont frappés. C’est assez étrange d’être envoyé dans cette théorie à laquelle je ne m’attendais pas vraiment.

Fin spoiler : Une fois ma surprise passée, l’histoire a commencé à réellement m’intéresser. J’ai voulu découvrir avec Lunaire qui étaient ces personnes qui le terrorisaient dans ses cauchemars. Le dénouement de l’histoire a été convaincant et n’est pas allé dans le superflu.

J’ai ressenti une grande curiosité pour le métier de la mer. L’amour de ces marins pour l’océan est très bien retranscrit, et la fidélité qu’ils portent vis-à-vis de leur équipage et de leur bateau est saisissante. C’est un milieu très différent de ceux que nous pouvons côtoyer, avec des règles bien précises. Il est intéressant d’en apprendre plus à ce sujet.

Je me suis rapidement attachée aux personnages. Guérindel est une mère attachante qui souhaite protéger au mieux ses enfants mais qui crée, au contraire, un sentiment de tension dangereux ainsi qu’une obsession pour ses enfants. Les cauchemars, le désespoir des enfants face à des nuits interminables étaient très touchants. Gaëlle Nohant écrit très bien, son écriture est fluide et complète. Il est très agréable de se plonger dans son histoire.

Conclusion

Un grand changement s’est effectué, selon moi, entre L’Ancre des rêves et La Part des flammes. Ce dernier reste mon favori, car il a su me transporter dans une époque que j’aime particulièrement (XIXème siècle) et à travers un évènement qui 1° est historique, et 2° qui est original (pour rappel, La Part des flammes traite de l’incendie ravageur du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897). J’attends donc avec impatience la sortie de son troisième roman… 😊

Romain Gary s’en va-t-en guerre, Laurent Seksik – 2018 – Ed. J’ai Lu, 256 p.

Romain Gary, connu également sous le pseudonyme « Emile Ajar », est un grand écrivain français. Né en 1914 dans l’Empire Russe sous le nom de Roman Kacew et d’origine juive, il a fui le pays et les actes de violence à l’encontre de ses semblables et s’est installé avec sa mère à Nice en 1928. Il deviendra un aviateur français et s’engagera dans l’armée de l’air française. Romain Gary s’en va-t-en guerre retrace deux jours de la vie du jeune Romain. De ces deux jours, nous découvrons l’esprit rêveur de l’écrivain mais également les relations qu’il entretenait avec ses deux parents.

Résumé

Romain Gary est le fils d’Arieh Kacew et de Mina Owczyńska. De sa mère, nous entendons souvent parler dans ses œuvres. Mais de son père, c’est plus rare. C’est pourquoi Laurent Seksik nous raconte, à travers deux jours essentiels de la vie de Romain, la relation tumultueuse qu’il entretenait avec son père Arieh. Ce dernier a quitté le foyer, laissant Mina et Romain seuls dans la misère. Mais ce dernier ne cesse de rêver que son père va revenir. Chaque fois qu’il vient déposer la pension qu’il doit à sa femme, Romain imagine qu’Arieh va déposer ses bagages et revenir pour de bon. Ses espoirs se révèlent détruits le jour où Arieh annonce à Mina sa relation avec une autre femme.

Mon avis sur le livre

La relation entretenue entre Romain et Mina est très fusionnelle. Nous ressentons de Romain une très forte affection pour sa mère. Assez frivole, elle cache l’importance des difficultés financières qu’elle supporte et dédramatise la situation pour protéger son fils. Bien évidemment, Romain a conscience des difficultés (les meubles de leur appartement ont notamment été saisis par un huissier), mais nous ressentons la protection que Mina s’efforce de réaliser pour son fils.

Mina est décrite par Arieh (dans l’œuvre) comme plus ou moins bipolaire. Excentrique, impulsive, nous ressentons que leur relation passée n’a pas été évidente. L’amour qu’Arieh a porté pour sa femme est intense, il hésite à revenir vers elle, mais les mauvais souvenirs refont surface et ne lui permettent pas de surmonter à nouveau les situations complexes qu’elle lui a fait vivre. Arieh est heureux et surtout : il attend son deuxième enfant. Celui-ci est porté par sa nouvelle compagne qu’il n’a pas encore dévoilée au grand jour à sa famille. Arieh regrette d’être dans une telle situation, d’avoir trompé sa femme. La culpabilité est un sentiment clef de sa personnalité dans cette œuvre.

Arieh est le modèle de son fils. Il veut devenir comme son père, exercer le même métier. Il veut apprendre auprès de lui les bases de son métier et récupérer l’entreprise familiale. Ceci est sans compter le projet fantasque de Mina d’emmener son fils en France, où elle imagine une vie plus belle pour eux. Nous la comprenons ! Juifs, ils vivent déjà dans la misère et la situation ne saurait s’améliorer avec l’approche de la Seconde Guerre mondiale.

Arieh n’aura pas eu le courage d’annoncer la venue future de son second enfant à Romain. Ce dernier apprendra l’évènement un soir où il décide de se rendre chez son père et de le convaincre de rentrer dans leur foyer. Il apercevra ainsi son père dans la rue avec une femme : il n’a jamais semblé aussi heureux. Il voit ainsi la nouvelle compagne et son ventre arrondi, et il comprend. C’est à ce moment que le sentiment de trahison devient insupportable pour le pauvre Romain. La douleur d’un enfant dont les rêves se brisent et qui n’a pas encore la maturité de comprendre une telle situation.

Attention spoiler : Le dernier chapitre du livre se termine en 1944 pendant la Seconde Guerre mondiale. Un chapitre d’une émotion si puissante, intense. Nous nous retrouvons dans le village où nous avons quitté Romain, sa mère, son père, ses amis et ses voisins. Ici, les SS sont bien installés et ont pour mission de tuer un maximum (pour ne pas dire tous) les habitants. Pour ne pas raconter l’histoire de ce chapitre qui prend aux tripes, voici juste une chose que nous y apprenons : tous ses amis, ses voisins, mais aussi son père, sa compagne, seront assassinés.

Arrêt spoiler : C’est ici que le livre se termine. Romain a-t-il pu s’expliquer avec son père ? Ce dernier savait qu’il était engagé dans l’armée de l’air française et y voyait un grand espoir, il espérait que son fils viendrait les libérer. L’aurait-il su sans échanger avec Romain ? Leurs dernières relations se sont-elles réalisées dans la colère ? Romain a-t-il pu pardonner son père qui semblait porter pour lui une tendre attention ? C’est assez difficile à dire.

Conclusion

Ce livre est probablement un incontournable. Romain Gary est un très grand écrivain français et il est intéressant d’apprendre à mieux cerner le personnage. Sa relation avec ses parents était très importante dans son développement et a semblé forgé un caractère d’homme protecteur et attentionné envers les siens. Une lecture courte, écrite par Laurent Seksik qui est très doué dans la narration. A lire !

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand – 2013 – Ed. Pocket, 187 p.

Le premier roman d’Agnès Martin-Lugand, Les gens heureux lisent et boivent du café, a permis à cette dernière de se faire une place dans les écrivain(e)s à succès de notre époque. Son histoire fut adaptée en BD en janvier dernier (par Véronique Grisseaux, aux éditions Michel Lafond). Cette femme issue de la ville de Saint-Malo ne cesse de nous étonner. 

Résumé 

A la suite d’un accident tragique, Diane perd son mari et sa fille. Seule, accompagnée de son meilleur ami Félix, elle poursuit douloureusement le chemin de sa vie. « Les gens heureux lisent et boivent du café », c’est le café qu’elle possède et dans lequel elle travaille. Mais poussée par une dépression qui l’assaille, elle décide de partir à la rencontre du pays qu’elle a toujours souhaité visiter : l’Irlande. Elle s’exile, du jour au lendemain, seule, dans ce pays froid et pluvieux, laissant son café à la direction de Félix.

Mon avis sur le livre

Les gens heureux a su faire ses preuves. Et on comprend pourquoi. Je ne vanterais pas une écriture fabuleuse. Agnès Martin-Lugand nous captive, non grâce à son écriture, mais à l’aide de phrases courtes emplies d’émotions. Le roman est court, l’histoire est simple. Rarement attirée par ce type de roman, j’admets avoir lu Les gens heureux rapidement. J’ai longtemps fait la guerre à ces histoires que je considérais comme « simplistes ». Je pense que j’avais tort (pour certaines d’entre elles, tout du moins).

C’est un sujet douloureux qui est abordé, et il n’est pas assommant de tristesse. Agnès ne développe pas les sentiments dépressifs de Diane à tel point que nous pourrions réellement les ressentir. Nous nous situons plus simplement dans la période où l’héroïne retrouve petit à petit sa vie. Nous observons un combat difficile, la reconstruction d’une vie déchirée. C’est émouvant, et c’est un message fort qu’elle souhaite nous adresser.

J’admets avoir trouvé assez cliché l’image d’Edward, l’homme mystérieux avec qui elle se liera en Angleterre (d’amitié ou plus, à vous de le découvrir en lisant le livre 😉). Pourtant, son existence n’est pas tant gênante. Nous apprécions son côté réservé, ténébreux, protecteur, insolent.

Je regrette que le livre ait été aussi court. Il se passe beaucoup d’épreuves dans cette histoire, et je pense que certaines auraient pu être plus approfondies. Néanmoins, c’est cet aspect rédactionnel qui fait le charme de l’écrivaine et qui lui a permis un tel succès. D’ailleurs, pour donner suite à l’engouement observé, Agnès Martin-Lugand a rédigé un second tome sur les histoires de Diane : La vie est facile, ne t’inquiète pas (en voici des romans qui possèdent toujours un ton poétique !).

Conclusion

Je conseille fortement l’écriture d’Agnès Martin-Lugand pour ceux qui aiment « tout » type de lecture. Même si, moi qui apprécie particulièrement les classiques de la littérature, j’ai été charmée par ses histoires (et de ce fait, ai lu nombreux de ses romans). Je pense qu’elle peut apporter bien des surprises à celles et ceux qui acceptent de se laisser porter sans se laisser influencer par des attentes trop importantes.

Camille, mon envolée, Sophie Daull – 2015 – Ed. Le Livre de Poche, 189 p.

Sophie Daull est comédienne, Camille, Mon Envolée est son premier roman. A travers cet ouvrage, elle retrace une des plus grandes tragédies de son existence : la mort de sa fille, Camille.

Résumé

Après quatre terribles jours de fièvre, Camille, 16 ans, décède. Quatre jours pendant lesquels elle s’est battue. Après avoir contacté les urgences à plusieurs reprises, le diagnostic reste le même : ça n’est rien, ce doit être une grippe, il faut prendre du doliprane et ça passera. Ca ne passe pas. Ce 23 décembre 2013, le coeur de Camille ne tient plus le coup et s’arrête. Sophie Daull perd sa fille. Ecrire pour ne pas oublier. Voici le récit d’une femme endeuillée.

Mon avis sur le livre

Je ne peux mentir en n’avouant pas que ce livre m’a imposée énormément de douleur. « Mon petit chat », « chaton », « mon chat », « ma disparue ». Nous y sommes, dans le cœur déchiré de cette pauvre femme qui a perdu une part de sa vie. Le désarroi de Sophie Daull qui a tenté à tout prix de sauver sa fille, qui a recontacté les urgences à de multiples reprises. Une erreur de diagnostic, une douleur a laquelle les professionnels ne croient pas, et puis un cœur qui s’arrête.

Lorsque j’ai entamé ce livre, je connaissais (bien évidemment) la fin. J’étais préparée à lire cet ouvrage non des plus joyeux. Et pourtant les larmes ne cessaient de couler. Que c’est dur, cette réalité qui fait mal, qui fait peur. Je pense que ce dernier aspect est le plus difficile à accepter. Cette pauvre enfant a disparu en quatre jours, sous une maladie qui ressemblait à une grippe corsée. Notre corps peut cacher des secrets bien sombres.

L’écriture de Sophie Daull ne peut que retranscrire avec beaucoup de simplicité sa douleur. Ce livre, cette lettre d’adieu à son enfant disparu, a été rédigé dans le vif de la douleur. A travers plusieurs flash-backs nous vivons les derniers jours de Camille mais également les quelques mois qui suivront durant lesquels Sophie Daull explique à sa fille comment elle se traîne, comme les jours se ressemblent et sont douloureux. Petit à petit, nous sentons qu’elle se prépare à dire au revoir.

Chaque page, chaque mot est douloureux. Mais c’est un beau livre, un bel exemple de courage face à un deuil qui paraît insurmontable.

Conclusion

Cet ouvrage est le récit courageux d’une femme qui a perdu son enfant. Je ne conseillerais pas aux larmes de crocodile de le lire dans un lieu public. Ce livre est douloureux, mais il est intéressant à « vivre ».