La dame du manoir de Wildfell Hall, Anne Brontë – 2018 – Archipoche, 576 p.

Il existe des livres qui vous marquent, dont la lecture vous obsède. Des livres pour lesquels vos sentiments courent en cascade, dans lesquels vous vous attachez aux personnages. Ces livres pour lesquels vous versez une larme à la fin de la lecture, ou pour lesquels vous restez coi. Ces livres qui vous bousculent. De ces œuvres, je n’en ai pas connu énormément. Je citerais Les Piliers de la Terre et Un Monde sans fin de Ken Follett, ainsi que Une Femme d’Anne Delbée. Aujourd’hui, je souhaiterais ajouter à cette liste La dame du manoir de Wildfell Hall d’Anne Brontë. C’est un livre puissant sur un amour déchirant qui s’offre à nous. Un amour interdit qui nous fend le cœur. Cette œuvre, écrite en 1848 par l’écrivain, est clairement un des classiques anglais que j’ai préférés.  

Résumé 

La vie de Gilbert Markham est bousculée le jour où Mrs Graham vient habiter le manoir de Wildfell Hall avec son fils Arthur. Toute de noir vêtu, Helen, de son prénom, est considérée comme veuve par le voisinage. Cette femme, encore jeune et ravissante, devient victime de nombreux commérages à son sujet. Gilbert va rencontrer cette femme et tombe sous le charme, au grand désespoir d’Eliza à qui il avait confié son cœur. Vivant une relation particulièrement fusionnelle avec son fils, Helen sera moquée : mère poule qui module son enfant afin que chacun des désirs qu’elle considère mauvais (l’alcool notamment) le répugnent et ne le poussent plus à la tentation. Pourquoi une telle relation avec son enfant ? Et pourquoi Frederick Lawrence, son voisin et ami, ne cesse de se rendre à la demeure de Wildfell Hall ? Quel est donc le passé mystérieux de cette jeune femme ?  

Mon avis sur l’œuvre 

Woua. Vraiment, je n’ai pas de mots tant je suis tombée sous le charme de ce qu’Anne Brontë avait à nous raconter. Outre son écriture douce, délicate, intense, ses pensées ne se perdent pas. Et pourtant, nous passons dans trois parties bien différentes et pourraient semer confusion dans nos esprits. 

Dans la première partie, Gilbert raconte sa rencontre avec Helen et l’amour qu’il ressent pour elle à son ami. D’abord froid et réticent à l’approche de cette jeune femme, il tombera sous son charme et développera pour elle un amour inconditionnel. Il ne cessera de se battre afin de protéger son honneur, maintes fois terni par les racontars. Et puis, se rapprochant petit à petit d’elle, il observe une certaine réticence de sa part. Pourtant, il ressent qu’elle développe également des sentiments à son égard. Elle souhaite céder, il ne peut que le sentir à travers son regard, mais elle ne cède pas, à son plus grand désarroi. Face à cela, arrive Mr Lawrence, le voisin qui se rend très souvent voir Helen. Gilbert se persuade qu’une relation amoureuse se joue entre eux. Quelle tristesse ! Sa vie bascule et nous basculons avec lui, son désespoir et sa colère nous émeut. Lorsque Mrs Markham lui confie son journal intime pour lui raconter son passé, la vie de Gilbert cesse de nous intéresser et nous parcourons la moitié de l’ouvrage à travers les pensées les plus intimes de Mrs Makham. Et c’est délicieux. 

La deuxième partie est tout aussi prenante. Cette fois-ci, nous prenons possession du personnage féminin de Mrs Markham et nous chevauchons son parcours. Nous développons une certaine empathie pour elle, qui n’était pas forcément présente dans le début de l’ouvrage. Nous découvrons son mariage désastreux avec un mari alcoolique, fêtard, dédaigneux, prétentieux, immature. Nous souffrons avec elle du dénigrement qu’il va porter à son encontre. Nous le haïssons avec elle et n’attendons, avec impatience, qu’une seule chose : que le récit soit terminé et que Gilbert accourt, la protège et gagne son cœur.  

La troisième et dernière partie est la plus émotionnellement intense. Anne Brontë se joue de nous ! A la fin de la deuxième partie, nous n’imaginions qu’une seule fin (tout du moins, nous l’espérions) : Gilbert retrouvant Helen et lui prouvant que l’amour qu’il lui porte la protègera de toutes ses craintes. Désormais qu’il connaît son histoire, nous ne pouvons imaginer que la situation sera difficile. Et pourtant, Helen repousse Gilbert et lui demande de ne plus jamais revenir. Quel choc !  Nous n’en croyons pas nos yeux. Souhaitant protéger sa réputation déjà particulièrement ternie, elle va demander à Gilbert de la quitter, amicalement et amoureusement, de l’oublier. Cette séparation est difficile, nous ne voulons pas qu’elle se déroule ainsi. Leur amour va subir énormément de péripéties dans cette dernière partie, mais je n’en dirais pas plus afin de ne pas vous gâcher la surprise… 😊 

J’ai adoré ce livre. Je ne sais pas si le terme “adorer” est suffisant. Anne Brontë est pleine de surprise et m’a étonnée durant toute ma lecture, avec des rebondissements à tout va. Son écriture est très fluide, très riche. Les émotions sont là et ne nous quittent pas. J’ai été agréablement surprise par ce livre. Son analyse des sentiments, des situations, fait preuve d’une extrême maturité. De plus, l’histoire m’a beaucoup touchée. Elle est banale, une histoire d’amour ratée, mais la résignation dont Helen fait preuve est très émouvante. 

L’édition collector d’Archipoche est très belle. Pour moins de dix euros, le livre est de bonne qualité. Les pages ne bavent pas, la police est bien choisie et l’épaisseur des feuilles rend le toucher très agréable. La seule petite remarque que je me permets de souligner est que la relecture laisse à désirer sur la fin de l’œuvre… Pendant les trois-quarts du livre je n’avais aucune (ou très peu) de fautes. Et puis, la fin approchante, j’ai été frappée par des erreurs toutes bêtes mais néanmoins irritantes. Comme une fin bâclée. Des “ou” à la place de “où”, “et” à la place de “est”. C’est dommage.  

Conclusion 

Ce livre est extrêmement génial. Je l’adore, il m’a énormément marquée. Volumineux, mais je n’ai pas ressenti les pages passer. Ce fut un vrai plaisir de le lire, et ce sera sûrement avec autant d’émotion que je le relirai dans quelques années. A lire !