La Couleur des sentiments, Kathryn Stockett – 2011 – Ed. Babel, 624 p.

La semaine dernière fut une semaine d’absence sur les réseaux sociaux. Je fus débordée, et je dois admettre que mon cerveau bouillait d’idées pour vous présenter ce livre particulièrement connu puisque sorti en film en 2011 : La Couleur des sentiments, de Kathryn Stockett. Le livre, publié en 2009 a fait un tabac et fut vendu à 1 million d’exemplaires en 2009 et 2011 (dépassant ainsi les audiences de J. K. Rolling avec ses ouvrages de la série Harry Potter). Ce roman est un hommage de l’écrivaine à sa nourrice noire qui a marqué à tout jamais sa vie par sa présence et l’amour qu’elle lui a prodigué. Un hommage émouvant, frissonnant, traitant de la dure vie des domestiques noires pendant les périodes de ségrégation raciale aux Etats-Unis.  

Résumé

Dans les années 60, à Jackson, Mississipi. Trois destins se rencontrent et s’unissent.

Aibileen est une domestique noire au sein d’une famille blanche du Mississipi et est chargée d’élever les enfants du foyer. Après avoir perdu son fils unique, également veuve, Aibileen se dévoue entièrement dans son emploi et transmet tout l’amour dont elle dispose à sa petite Mae Mobley dont elle est chargée de s’occuper.

Son amie, Minnie, est également domestique noire et “grande gueule”. Cuisinière hors pair, elle éprouve des difficultés après son renvoi du foyer de Miss Hilly pour la chose Epouvantable qu’elle lui a faite.

Miss Skeeter est une jeune femme blanche qui décide d’effectuer des recherches pour retrouver la domestique de son enfance, Constantine, qui a quitté son foyer pendant son absence, sans lui dire au revoir. Elle se rapproche d’Aibileen qui semble connaître l’histoire de Constantine, et la volonté de rédiger un livre sur les pénibles conditions de vie de ces pauvres domestiques émerge dans son esprit.

Ces trois femmes sont voisines et se retrouvent liées par un projet : réaliser un roman afin de décrire la condition des domestiques noires aux Etats-Unis. Un projet fortement dangereux pour des femmes noires sans défense, qui mettront toute leur force et énergie pour dénoncer les conditions parfois insupportables qu’elles subissent chaque jour.

Mon avis sur l’oeuvre

Ce livre exploite une narration qui peut déstabiliser dans un premier temps. En effet les chapitres sont associés à un des trois personnages décrits dans le résumé. Nous prenons donc l’esprit, la pensée de chacune d’entre elles. Il est difficile de ne pas s’y perdre car les personnages principaux mais également secondaires sont nombreux et se bousculent. Nous oublions vite qui est le domestique de quelle famille, qui a fait quoi…

Néanmoins, une fois que notre esprit s’y retrouve et plonge dans l’histoire, il est difficile de s’en passer. Nous ne pouvons que comprendre l’ampleur du succès de cet ouvrage. Nombreux sont ceux qui traitent du problème de la ségrégation raciale aux Etats-Unis (nous pourrions citer Black Boy de Richard Wright). Mais peu nombreux sont ceux qui traitent de la ségrégation subie par les femmes noires. Ces dernières deviennent domestiques et sont soumises aux règles et ordres des familles qui les embauchent. Les violences, tant physiques que morales, sont nombreuses et sont intéressantes à traiter (même si le livre n’aboutit peut-être pas suffisamment sur cet aspect).

Le point très intéressant de cet ouvrage est que la relation de la domestique avec ses “employeurs” est décrite à la fois positivement et négativement. L’amour porté entre Mae Mobley et Aibileen est terriblement émouvant. L’innocence de l’enfant lui permet d’ouvrir son cœur à sa “Aibi” et l’amour est fort. Le combat d’Aibileen est de protéger cet enfant et lui inculquer au mieux la valeur suivante : quelle que soit notre couleur de peau, nous sommes tous des êtres humains. Nous frémissons à l’idée que cette relation puisse un jour être détruite par les règles et usages dans lesquels les enfants vont se développer.

Minnie est également un personnage très attachant. La colère qu’elle porte en elle est très touchante, émouvante. Nous comprenons bien pourquoi. Les injustices subies et décrites dans l’ouvrage nous font frémir à ses côtés. Sa situation est délicate : elle sait qu’elle en dit trop, mais n’arrive pas à se retenir. C’est ainsi qu’apparaît son moyen de défense. Cette femme, d’apparence si forte et effrayante, nous apparaît rapidement frêle et soumise face à son mari alcoolique qui la mate sans difficulté. La Minnie “grande gueule” devient rapidement la Minnie effrayée. Cette courageuse femme porte en elle le fardeau d’être une femme, d’être noire, et d’être battue. En plus d’un milieu de travail qui ne lui permet sûrement pas de s’épanouir, son environnement personnel est tout aussi catastrophique. L’arrivée d’une Miss Celia riche et fortement superficielle nous permet de souffler un peu, car Minnie finira par être respectée dans son nouveau foyer.

Miss Skeeter, c’est “La Blanche” qui prend la défense des “Noirs”. Elle veut être écrivaine mais n’arrive pas à trouver un sujet qui fasse parler et qui puisse attirer l’attention sur son travail. Jusqu’au moment où, pensant à retrouver Constantine, l’idée d’écrire un livre sur la condition des domestiques pendant la ségrégation raciale aux Etats-Unis apparaît. Elle se battra et essaiera de réunir le plus de témoignages. La peur des femmes “Noirs”, qui pouvaient être envoyées facilement en prison pour des pseudo vols sans preuves, est forte. La peur est plus que ça, c’est de la terreur. Mais Miss Skeeter leur inspirera confiance et les maternera. Elle perdra beaucoup pour cette cause : ses amies, son amoureux, sa vie sociale. Mais elle gagnera également quelque chose qui n’est pas quantifiable : le respect des domestiques de sa commune. La beauté de cette relation qui se crée entre elle est touchante, émouvante, rassurante.

Conclusion

Kathryn Stockett a rédigé cet ouvrage notamment en hommage à sa bonne qui lui a porté beaucoup d’amour dans son enfance, et que l’on pense à associer à Aibileen. Cet hommage émouvant nous prend par les tripes. L’amour qu’elle porte pour cette femme est fortement ressenti et on ne peut qu’envier une relation aussi intense qu’elle a eu la chance de tisser au fil de son enfance.

Ce livre est émouvant, difficile à lire sur certains passages, mais également rassurant, doux. C’est un sujet très intéressant que l’écrivaine a développé sans prétention, et le pari est réussi. Elle explique à la fin de son livre qu’elle a peur d’en avoir trop dit, mais également pas assez. Je pense que nous pouvons simplement lui dire merci, car ce qu’il fallait dire a été dit.