La terre des mensonges, Anne B. Ragde – 2009 – Ed. 1018, 351 p.

⭐⭐⭐⭐

Après un petit relâchement de post sur mon blog, me revoici pour vous présenter La terre des mensonges d’Anne B. Ragde que j’ai adoré. Il y a un an je planifiais mon voyage en Norvège. Cette semaine, j’ai de nouveau traversé Tromso et Oslo avec La terre des mensonges d’Anne B. Ragde. Ce livre est le premier tome racontant les péripéties de la famille Neshov. C’est une histoire palpitante qui se joue devant nos yeux, au milieu des fjords et des paysages magiquement enneigés. Un dépaysement complet s’offre à nous, et ça fait du bien.

Résumé

Anna Neshov se meurt. Une attaque, soudaine, qui la mène doucement vers la fin de sa vie. A cette “occasion”, les trois frères Neshov se réunissent. Eux qui ont été séparés par leurs divers destins, ils se retrouvent finalement dans la ferme familiale où ils devront affronter leur passé. Nous y rencontrons Tor, le fermier qui se bat corps et âme pour le bon fonctionnement de la ferme familiale ; Margido, le propriétaire d’une entreprise de pompes funèbres, et Erlend, décorateur de vitrines qui a fui sa famille en se réfugiant à Copenhague où il a rencontré l’homme de sa vie ; Torunn, la fille cachée de Tor. Cette réunion de famille improvisée sera pleine de surprises pour cette famille qui souhaitait tout, sauf se retrouver.

Mon avis sur l’œuvre

Les descriptions d’Anne B. Ragde m’ont rapidement interpellée. Quel puit de connaissances ! Nous ressentons rapidement l’écriture d’une œuvre non bâclée. La manière dont elle développe les tâches du fermier éleveur de truie, le travail éreintant du croque-mort, la passion d’un décorateur de vitrine… Rien n’est pris à la légère et tant pis s’il faut des pages entières pour apprendre comment une truie donne la vie. Et c’est réellement passionnant, nous ne pouvons que nous plonger dans ces univers si variés. L’écrivaine attise notre curiosité et nous sensibilise à des sentiments que nous ne connaissons pas forcément. Avec les Neshov, nous parcourons la richesse mais aussi la pauvreté, la frivolité mais également l’humilité, le mépris et la compassion. Chaque personnage a un caractère bien trempé qui le caractérise et le rend unique.

Les membres de la famille Neshov se détestent. Tous se sont éloignés, à l’exception de Tor, premier fils, qui a hérité de la ferme familiale. La force de la famille, c’était Anna. Sa disparition est bouleversante pour Tor qui y perd son principal repère. Son père est d’une soumission fracassante, dont l’activité journalière était rythmée par les ordres d’Anna. La disparition de sa femme le plonge dans un état second, état dans lequel il va se laisser tirer par la vie. Ni heureux, ni malheureux, il sera vidé.

Heureusement que Margido est un croque-mort. Cet homme, peu sensibilisé par la perte de sa mère, devra assumer les préparatifs nécessaires à la levée du corps. Cet homme atypique prendra en charge la préparation de l’enterrement dont personne ne semble vouloir s’occuper (certains car trop préoccupés par leur chagrin, d’autres car quasi-insensibles face à la perte de cette femme qui aura été la figure de trop de souffrances dans leur vie).

Et puis il y a Erlend. Cet homme, homosexuel fan des figurines Swarovski, sera une bouffée d’air frais dans cette aventure. Méprisant face à la pauvreté dégagée par ses parents et par son frère Tor, cet homme reconnaissable par sa joie de vivre sera un des personnages les plus attachants.

Finalement (et évidemment), il y a Torunn. Cette enfant, non désirée par son père Tor, se retrouve dans une situation délicate lorsque celui-ci l’appelle pour lui annoncer la maladie de sa grand-mère qu’elle n’a jamais vue et qu’elle ne souhaite pas vraiment rencontrer. Elle décide de le rejoindre, même si elle ne le connaît que peu, pour lui apporter son soutien. Elle fera preuve de beaucoup de bienveillance pour cet homme qui ne s’épanouit qu’en parlant de ses truies, et créera des liens puissants avec son oncle Erlend. Ce dernier sera le seul qui l’aura accueillie dans cette famille, même s’il n’apprend son existence que si tard. A eux deux, en combinant leurs énergies, ils parviendront à astiquer la maison pour détruire cet environnement de pauvreté et de relâchement, insupportable à leurs yeux.

Les relations familiales qui les unissaient ont été détruites dans leurs jeunesses. Une famille pauvre, agricole, qui a éclaté face à l’évolution des mentalités. Nous y ressentons un puissant fossé entre les mentalités des parents (très conservateurs) et de leurs enfants (modernes, évoluant avec leur temps). Un fils homosexuel, un autre qui met enceinte une jeune femme alors qu’il est encore bien trop jeune. Et puis, il y a le fils qui souhaite garder la situation en main et qui s’épuise à faire fonctionner à lui seul une (bien trop) grande ferme. Pour gérer ces situations plus ou moins délicates, voici des parents très traditionnels au milieu des fjords norvégiens. Ce sont des explosions de ressentiments, de colère, de haine, de honte qui secouent l’histoire. Le dénouement, complètement inattendu pour ma part, est excellent et nous donne envie d’acheter le deuxième tome sans hésiter.

Mon avis sur l’œuvre

Voyageons à travers les fjords, dans ce froid pays qu’est la Norvège. C’est avec plaisir que j’ai foulé ces paysages enneigés avec Tor, Erlend, Anna, Margido, Torunn… Cette histoire m’a appris beaucoup et a attisé ma curiosité pendant tout le récit. Cette famille pleine de ressentiments, qui réussit à se ressouder avec les épreuves qu’elle traverse, m’émeut. J’ai adoré et je conseille vivement cette lecture. Peu complexe, le récit est tendre et très bien écrit (et traduit par Jean Renaud). Une très bonne lecture de détente ! 😊

Et maintenant il ne faut plus pleurer, Linn Ulmann – 2014 – Ed. Babel, 399 p.

⭐⭐⭐

Ma nouvelle découverte est un roman norvégien (peut-être le premier que je lis d’ailleurs). Linn Ulmann est une critique littéraire qui réside à Oslo. Son premier roman, Avant que tu ne t’endormes, sorti en 1999, a fait un carton en Norvège. Et maintenant il ne faut plus pleurer est son cinquième roman. Il retrace le destin tragique d’une famille brisée dans laquelle les drames s’accumulent. C’est un roman très intéressant, sans filtre et assez sombre, qui nous plonge dans une famille loin d’être parfaite.

Résumé

Jenny fête ses 70 ans. A cette occasion sa fille Siri lui organise une réception d’anniversaire. De cette réception, personne n’en veut. Siri recherche l’amour et l’attention de sa mère. Il faut dire que leur relation n’a cessé de se dégrader. En effet, lorsqu’elle n’était qu’une enfant, elle se baladait seule en forêt avec son petit frère, près d’un étang. A la suite d’un accident, Syver a glissé et s’est noyé. La famille a tenté de se reconstruire après ce drame qui a bouleversé l’affection de Jenny vis-à-vis de sa fille.

Siri et son mari Jon décident d’engager Mille, une jeune adolescente, afin d’aider pour s’occuper de leurs enfants et préparer la fête d’anniversaire. Cette fête, si peu désirée, sera l’évènement d’un nouveau drame lorsque Mille franchira le grillage de la grande maison pour ne plus jamais revenir.

Mon avis sur l’œuvre

La littérature de Linn Ulmann est sombre. Elle ne semble pas rêver, ne souhaite pas mentir sur la situation de ses personnages. Les sentiments sont retracés avec beaucoup de réalité. À la suite du drame qu’elle a vécu pendant son enfance, Siri est touchée dans ses sentiments, dans sa perception de la vie. Cette femme, parfois froide, semble décharger sa colère contre les autres et notamment Mille. Elle cherche également à récupérer désespérément l’amour de sa mère, une mère qui a cessé de respirer et de vivre le jour où elle a perdu sa progéniture. Des sentiments complexes qui ont conduit la relation qu’elle développait avec sa fille au désastre.

Et puis il y a Jon. Un écrivain qui dédit sa vie à la rédaction de son troisième roman. Un roman qu’il n’arrive pas à rédiger, l’angoisse de la page blanche. Cet homme pour qui sa femme se dévoue. Siri travaille dur dans son restaurant afin de permettre à son foyer de vivre, avec les simples revenus qu’elle rapporte et les avances financières de la maison d’édition de son mari. Et puis, on apprend que Jon a commis un adultère. Un, deux ou trois ? C’est difficile à déterminer. Un, c’est la version officielle. Mais il flirte, ce Jon, avec la petite Mille, la baby-sitter. Il recherche la tendresse qu’il ne semble plus trouver auprès de sa femme.

L’adultère subi par Siri est particulièrement bien développé dans le roman. Sans aller dans des excès de violence, en poursuivant une volonté de surmonter les épreuves qui les touchent, Siri et Jon s’expliquent. La douleur n’en est pas moins présente, le désarroi de Siri fait très mal au cœur. Sa réaction est extrêmement réaliste, n’atteint pas le superflu. Cette volonté de prolonger une relation après avoir atteint la trahison ultime du couple m’a beaucoup touchée.

Attention spoiler : Le livre traite de sujets délicats, très sombres. Nous avons dans un premier temps la mort de Syver qui est abordée mais qui ne représente pas réellement le sujet principal de l’histoire, plutôt son commencement. Ensuite, nous observons le développement d’une relation froide et peu attentionnée entre Siri et Jenny. Également, l’adultère de Jon. Et pour finir, pour solder ce roman, à nouveau la mort. La mort sous trois aspects différents, mais très touchants. D’abord la mort de Mille, suivie par le désarroi de ses parents qui ne cessent de contacter Jon et de le harceler, insistant sur le fait qu’il avait connaissance de plus d’informations qu’il ne prétendait avoir sur la disparition de la jeune fille. Mais également la mort du chien et grand compagnon de Jon. Un animal qui prend une place importante dans l’histoire et dont le décès émeut. Un amour inconditionnel d’une bête pour son maître, les attentions d’un maître pour son animal malade. Pour terminer, nous avons la mort de Jenny. Cette mort est capitale dans l’œuvre, et entraîne des sentiments puissants de regrets chez Siri.

Conclusion

Ce roman norvégien a été intense. Traitant de sujets délicats, sans voile. Je ne savais pas dans quel type d’ouvrage je m’engageais, mais j’ai été très touchée par ce livre qui gardait le cap sur la retranscription des sentiments humains. Un roman qui s’ouvre et se ferme sur la thématique de la mort. Une très belle histoire !